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Full text of "La Roussotte; comédie-vaudeville en trois actes et un prologue"

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igitte«<G00gIr 



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LA 

ROUSSOTTE 

COMÉDIE-VAUDEVILLE 

Représentée pour U première foii, à ?u\^^ sur le TbAatki »is YARiiiis, 
le 28 jenrier t^8i. 



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CALMANN LÉVY, ÉDITEUR 
EXTRAIT DU CATALOGUE DES PIÈCES 

HENRY MEILHAC ET LUDOVIC HALÉVY 

FORMAT ORAMD IN-18 

BARBB-BLBUB, opéra-bouffe en trois actes 2 » 

LA BBLLB H BLÈNB, opéra-bouffe en trois actes. ... 2 » 

LA BOULANoàRB A DBS âcu8, opéra-bouffe troiâ actes.. 2 » 

LA BouLB, comédie en quatre actes 2 » 

LB BouQUBT, comédie en un acte 150 

LB8 BRBBI8 DIB PANUROB, COmédiC 611 UU acLO ... 1 50 

LB BRBSiLiBN, comédic cn un acte i 50 

LB8 BRIGANDS, opéra-bouffe en trois actes 2 » 

OARMBN, opéra-comique en quatre actes i » 

LB OHATBAU A TOTo, opéra-bouffc eu trois adca ... 2 » 

LA 010 A LB, comédie en trois actes 2 » 

LA CLÉ DB MBTBLLA, comédic cu uu acte 1 50 

L*BTB DB LA SAINT-MARTIN, COmédic CU UU actC . . 1 50 

LE FANDANOO, ballet- paotomime en un acte 1 » 

FANNY LBAR, comédie en cinq actes 2 » 

FROUFROU, comédie en cinq actes ........ 2 » 

ORANDB-DUOHB8SE DB obrolstBin, c;). Ivuiô aclcé.. 2 » 

l'ingbnub, comédie en un acte 1 50 

jANOT, opéra-comique en trois actes ....... 2 » 

LOLOTTB, comédie en un acte . i 50 

LOULOU, Taudeyille en un acte 1 50 

MADAMB ATTBND MONSIEUR, COmédie CU UU aclC . . 1 50 

LB MARI DB LA DÉBUTANTS, comédic eu quatre actes . 2 » 

LA mi-carAmb, folie en un acte 1 50 

LB PAS8AOB DB VBNUs, loçou d^astrouoiuic en un acte, l 50 

LA pBRicHOLB, opéra-bouffs en trois actes 2 » 

LE PBTiT DUC, opéra-comiquc en trois actes .... 2 i> 

LA PETITE MARQUISE, comédic eu trois actes. ... 2 » 

LE PHOTOORAPHE, comédic en un acte i » 

LE RÉVEILLON, comédie en trois actes ,.%.,, 2 » 

LE ROI OANDAULE, comédie en un acte 1 50 

LES BONNETTES, comédic en un acte 1 50 

TOTO CHEZ TATA, comédio en un acte 1 50 

LE TRAIN DE MINUIT, COmédiC CU dCUX Hcliià. ... 1 50 

TRicooHE ET OAOOLBT, vaudeville en cinq actes. . . 2 » 

LA VBUVB, comédie en trois actes 2 » 

LA TiB PARISIENNE, opéra-bouffc CD qualfo actes . . 2 » 



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LA 

RQUSSOTTE 

COMÉDIE-VAUDEVILLE 

EN TROIS ACTES ET UN PROLOGUE 
PAR 

ÏÏ. [MEILHAC, I. HAL ËYY & A. MILLAUP 

liuSIQUB NOUVELLE DB 

. LEGOGQ, HERVÉ ET BOULLARD 



*C3 



>«^o 



'^^^ 



PARIS 

C/LMANN LÉVY, ÉDITEUR 
ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES 

3, RUB AUBBR, 8 

i88l 
Droits de reprodaetion, de traduction et de repréaentation résenrée. 



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PERSONNAGES 



MÉDARD MM. Dopcif. 

DUBOIS-TOLPtT / '*»<»«• 

SAVARIN LioRCR. 

GIGONNET LiswocHB. 

;SDOU ARD DiDiBa. 

MONTFLAMBERT ^ Dahib. Bac. 

UN DOMBSTIQUH , A»«fcT. 

lE ROL'SSOT Lb pbtit Charlbs. 



^ Mates Jddic. 



UNE DAME VOILEE | 

LA ROUSSOTTE 

MADAME DE SAINT- EXCÉ DANT ....,., Maorbl. 

LA MÈRE VICTOR Fama. 

ADÈ LE '. Chaloht. 

HÉLOISE Marsdbbitb. 

MARIA. THiEɻB. 

CÉCILE DE SAINT-EXCÉ DANT , ; , , . . Fillioh. 

LA ROUSSOTTE (aa prologue) . ^ »"»« Lamarb. 

La prologue, en Noraiandie, yws iSôâ. I^ea troii actes, à Paria, 
de |K)« JQnrs. 



Nota. — Pour la mise en scène détaillée, s'adresser i M. Ch. Boniibssbor, 
régisseur général du Théâtre des Variétés. 
Four la musique, s'adresser à M. BAraLor, éditeur, 39, rue de l'Échiquier. 



La reproduction, de cette pièce ne peut aTOip lien qu'avec l*antorisatlon for- 
melle et par écrit de M. Rosbr, agent généfal dg la Société des auteurs et 
eompositenrs dramatiques, 8, rue Hippoljrte-Lebas. 



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LA ROUSSOTTE 



PKOLOGUE 



Une cour de ferme en Normandie. » A droite, la maison da père 
Savarin. A ganche, jardin et hangar. -^ Au fond, petit mur 
avec porte charretière au milieu. ~ La porte est à claire- voie. 
.~ Fond de hameau. — Chaise rustique à droite, premier 
plan. ^— Banc à gauche, premier plan. — Sur la maison, une 
enseigne ainsi rédigée : LB PÈRE SAVARIN PREND> EN 
^ PENSION LES ENFANTS DES DEUX SEIES, SPÉCIA- 
iiITÉ POUR LES ENFANTS IRRÉGULIERS. — Ce décor 
n'a que deux plans. 



SCÈNE PREMIÈRE 
LE ROUSSOT, LAROUSSOTTE, Autres Enfants. 

Au lever du rideau, les enfants sont en train de jouer à Golin- 
Maillard. C'est le Roussot qui a les yeux bandés. Il est au mi- 
lieu de la scène et cherche à t&tons. -— Les autres enfants 
sont dispersés. 

UN enfant. j 

Hèi le Roussot I < 

UN autre enfant. 

Par ici, le Roussot... 

i 



MS4637G 

/ \ ^ DigitizedbyLiOOgle 



2 LA ROUSSOTTË 

%k ROUSSOTTk, Teiuni a|:ao«r soli frère. 

Hél le Roussot! 

LEg ENFANTS. 

Gasse-cou. 

LB ROUSSOT, saisissant laRoussotte. 

C'est ma sœur. 

LES ENFANTS. 

Tes prise, la Roussotte... C'est toi qui y es... c'est 
toi. 

LA. ROUSSOTTE. 

J* veux pas, moi» j* veux pas. 

LES ENi^ANTSy youlaBttui m«ttM !• iMiÉdeaa. 
C'est & toi... c'est à toi... (Biasiqae mîtitaire aa dehors.) 

Des sohîats!'... des soldats î allbos vofr les soldats! 

' Us éStteki en Co»arà[nt.' ÉarallT le ' père Savarin. — II les 
regarde sortir. 



SCÈNE II 



SAVARIN, seul. 

SoUt-Us gentils, hdn? Et ce n'est rien çal Si vous les 
avie2 vus débarbouillés... H n'y a pas un autre père 
no«tniâer 4tii poitrrait mozttreir dès eûfants pareils. 

COUPLBTSi 

î 

Sont-ils genUls, c6s petits mioches^ 
Sont-ils gentils, sont-ils mignons^ 
Je les abreuve de taloches^ 
Et je les gaye de bonbons; 



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PROLOGUE t^ 

Fruits de transports illégitimes. 
Une faut' leur donna le jour; 
Du préjugé tristes victimes, 
Tous ces amours d'enfants sont enfants de Tamourt 

II 

Et cependant, chose authentique, 
Les enfants nés légalement, 
N'ont jamais eu qu'un père unique» 
Du moins le code le prétend, 
Tandis que les miens, plus prospères. 
Reçoivent parfms en un jour 
La visite de plusieurs pèrea. 
Tous ces amours d'enfants sont enfanta de l'amour I 

C*est ma spécialité, je suis connu pour ça dans le 
pays... Quand on voit arriver quelqu'un avec un en- 
fant qui n'est pas régulier... on lui dit : allez là... Et 
c'est amusant, à chaque instant il nous arrive des 
"Tiames qui ont de grands voiles ou des messieurs qui 
se cachent le nez dans le collet de leur paletot... Ça 
me distrait... ça m'amuse, voyez plutôt... 

Entre Dahois-Toupet le nez dans son paletot. Il tient à la 
main deax baUons (Fenfauts, des cahiers d'images et des 
tfacs de bonbons. 



SCÈNE III 

I 

SAVARIN,. DUBOIS-TOUPET- 

SAVARIN^ reconnaissant Dubois-Toupet. 

Monsieur le comte... 

DUBOIS-TOUPET. 

Bonjour, père Savarin. 



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4 LA ROUSSOTTE 

SÀYARINy à part. 

Le père des deux qui ont les cheveux rouges... 

DUBOIS-XOUFET. 

Ëtles enfants? 

SÀVARIll. 

Je m'en vas les chercher, les enfants'. Ils viennent de 
courir après le régiment qui passait... Il est comme ça 
le Roussot, dès qu'il entend la musique du régiment... 
et ça ne m'étonne pas.. . parce qu'enfin. . . je ne demande 
pas les secrets de Monsieur... mais on voit bien que 
Monsieur est militaire. 

DUBOIS-TOUPET. 

Écoutez-moi, père Savarin. 

SAVARIN. 
J'écoute, Monsieur... (voyant que Dubois-Toapet ne parH^ 

pas.) Monsieur parait émû... 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui, mais ça ne fait rien... 11 ne faut pas plus d'une 
heure, n'est-ce pas ? pour aller d'ici au Havre, à l'en- 
droit où l'on s'embarque sur le Transatlantique? 

SAVARIN, 

Faut une heure, une toute petite heure. 

DUBOIS-TOUPET. 

C'est bien... Dans un instant, il viendra ici une 
dame. 

SAVARIN. 

Leur marraine?... 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui... Vous aurez soin, quand elle çera arrivée, que 
l'on nous laisse seuls et qu'on ne nous dérange pas. 



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PROLOGUE 5 

SAVARIN. 

Soyez tranquille. 

DUBOIS-TOUPEl 

C'est bien... Allez, maintenant. Allez me chercher les 
enfants et amenez-les moi. 

SAVARIN. 

Oui, monsieur le comte. 

Il sort 

SCÈNE IV 



DUBOIS-TOUPET, seul. 

Vîendra-t^elle?... Une lettre que je lui ai fait remet- 
tre par une main sûre, lui a fait savoir que je Tatten- 
daifi... elle va venir I... Quels souvenirs!... Il y a neuf 
ans de cela... ^son mari était alors capitaine de vais- 
seau, maintenant il est amiral... Je l'avais rencontré... 
non, j'avais rencontré sa femme, une Anglaise adora- 
ble, une Anglaise délicieuse, à Brest, dans un bal chez 
le préfet maritime. Il n'y était pas, lui; il était en mer... 
Je l'aimai, sa femme, dès que je la vis.. . Quant à elle, 
elle ne tarda pas à céder à l'influence que, nous autres 
joueurs, nous exerçons sur les femmes... ai -je dit que 
j'étais joueur?... Je lesuis,je lesuiscomme leôcartes!... 
Il se passait entre elle et moi quelque chose de bizarre, 
je sentais qu'elle m'aimait, qu'elle m'aimait à la folie... 
Et cependant, au risque de me désespérer, elle me ré- 
sistait... t II est trop loin, » me disait-elle, « il est trop 
loin I Qui sait combien de temps s'écoulera avant qu'il 
revienne I... » Je fus longtemps avant de compren- 
dre Texquise délicatesse qui la faisait parler ainsi... A 
la fin je compris, et je chargeai un employé du sema- 



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6 LA ROUSSOTTE 

phore de me faire savoir quand le Foudroyant devait 
arriver. U était à bord du Foudroyant, Quelques jours 
se passèrent... rienl Enfin, je reçus la nouvelle que 
j'attendais avec tant d'impatience... Je courus immé- 
diatement chez elle... Et, pâle, éperdu, pouvant à peine 
parler : Le Poudroyant! me contentaî-je de lui dire... 
Le Foudroyant! Elle tomba dans mes bras... Le lende-, 
main, pas de Foudroyant!... Il y avait eu une tempête 
effroyable, et le Foudroyant avait fait naufrage, l'équi- 
page tout entier avait été sauvé à l'exception du capi- 
taine... Il avait quitté son navire le dernier, on l'avait 
vu flottant sur une épave, et Ton ne savait pas ce 
qu'il était devenu... Au bout de six semaines, une dé- 
pêche arriva... le capitaine avait été recueilli par un 
transatfantique anglais, lequel, n'ayant pas le droit de 
s'arrêter, avait poursuivi sa route en eniportant le ca- 
pitaine. « Perdue ! » s'écria-t-elle, quand cette dépêche 
arriva, « perdue, je suis perdue! » Heureusement, ië* 
ciel eut pitié de nous... « Envoyez-moi chercher, • 
avait écrit le capitaine... On ne l'envoya pas chercher, 
on le nomma amiral par le télégraphe et on l'envoya 
clans les mers de la Chine. Cette campagne dura pas 
mal de temps. Et quand, dix mois après, l'amiral dé- 
barqua à Brest pour tout de bon, sa femme put sans 
rougir tomber dans ses bras et le féliciter de son avan- 
cement... Une restait plus trace sur son visage à elle 
de toutes les émotions qu'elle avait traversées... 
rien n'était changé, si ce n'est que deux enfants, le 
frère et la sœur, nés le môme jour, à la même heure, 
avaient été mystérieusement déposés ici, dans cette 
ferme, chez le père Savarin. 

Entre Savarin amenant les enfants. 



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PROL06UE 



SCÈNE V 

DUBOIS-TOUPET, SAVARIN, LE ROUSSOT, 
LAROUSSOTTE. 

SATARIN. 

Les voilà, les amours. , 

Bonjour, mon oncle, Ixmjoui; mon oncle. 

DÛBOIS-TOVPBT. 

Bonjour, mes enfants... Sapristi! ils ne sont pas très 
propres. 

SATABIN. 

G*est pas ma faute... Le pètH a roulé dans la pous* 
sière en courant après le régiment..* Qu^t à 1^ petite, 
elle est tombée dans la mare aux canards... mais si 
vous voulez que je les débarbouille.!. 

DUBOIS-TOUPPT. 

Non. Tenez-vous sur votre porte et qua^d vous ver- • 
rez venir cette dame... 

SAVARIN. 

Leur maflraine?... 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui... vousm'averlirez... Allez, père Savarin, allez... 

iSavarin tort. 



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LA ROUSSOTTB 



SCÈNE VI 

DUBOIS-TOUPET, LE ROUSSOT, 
LA ROUSSOTTE. 

DUBOIS-TOUPET. 

Viens, Edouard. 

Il prend le Roussot dans ses bras, il le met sur ses genoax. 
— Le Roussot fouille dans le gousset de Dubois-Toupet. 

LE B0US80T. 

Qu'est-ce que c'est que ça ? 

DUBOIS-TOUPET. 

Tiens... un jeton du cercle... dernier soldat de ma 
dernière dérouté. 

LE BOUSSOT. 

Donne-le moi, tonton. 

. DUBOIS-TOUPET. 

Tu veux? 

LE BOUSSOT. 

Oui... je t'en prie... 

DUBOIS-TOUPET. 

Le voilà... et puisse-t-il te donner la veine que n'a 
jamais eue ton malheureux pè... (se reprenant.) ton 
malheureux oncle. 

LE BOUSSOT. 

Merci, tonton. 

DUBOIS-TOUPET. 

Là... mets-le dans ta poche coiAme un grand garçon, 
et garde-le toujours... (a la Rbussotte.) Et toi, viens donc 
que je te regarde. 



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PROLOGUE " 9 

LA ROUSSOTTE. 

Me vlà, tonton... 

Elle 86 place devant lai et avec la main rejette ses chevenx 
en arrière. 

DUBOIS-TOUPET. 

Toujours ton petit geste... Est-elle gentille, hé!... sont- 
lis gentils tous les deux!... 

LA ROUSSOTTE. 

Qu'est-ce que t*as, tonton? 

DUBOIS-TOUPET. 

Rien. 

Il la met sur ses genoux. 
LA ROUSSOTTE. 

Fais le cheval, dis?:., tu le fais si bien^ le cheval!... 

DUBOIS-TOUPET. 

Ça t'amuse?... 

LA ROUSSOTTE. 

Ohl oui... et puis chante... tu sais, quand tu fais le 
cheval, il y a une chanson. 

DUBOIS-TOUPET, faisant sauter la Roassotte. 

. C'est aujourd'hui qu* la gross' Germaine 
Épouse le fils au pèr' Canon... 

SCÈNE VII 
Les Mêmes, SAVARIN, LA DAME VOILÉE. 

SAVARIN. 

Entrez, Madame. 

les enfants. 



Bonjour, marraine, bonjour 



1. 



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iO * LAUOUSSOTTE 

LA. DAME. VOILÉE, les embrassant. 

Darling ! my dear. 

DUBOIS-TOUPET. 

Là... maintenant, emmenez-'les. Tout à l'heure nous 
. leg rappellerons. 

SAVARIN.. 

Venez, les p'tiots ! 

Ils sortent. '— Les enfants se dispateut parce que Pun a pris 
le ballon de Pautre. 



SCÈNE Vdl 

DUBOIS-TOUPET, LA DAME VOILÉE, 

m 

LA DAME VOILÉE. 

Vous m'avez dit de venir, je suis venue ; mais parlez 
vite, j'ai peur... 

DUBOIS-TOUPET. 

The old gentleman... 

LA DAME VOILÉE. 

L'amiral... 

DUBOIS-TOUPET. 

Où l'avez- VOUS laissé ? 

LA DAME VOILÉE. 

Dans sa voiture... il dort... le mouvement de la voi- 
ture, ça ne manque jamais... auboutde cinq minutes... 
l'amiral s'endort... cinq minutes après, c'est le tour du 
cocher... il laisse aller sa tête et les chevaux s'arrêtent 
C'est le moment que j'attendais; quand j'ai vu que 
tout le monde était endormi, j'ai ouvert doucement la 
portière et je suis venue. 



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PROLOGUE !l 

DUBOIS-TOUPET. 

Ei je vous en remercie. 

LÀ DAMB YOILÉB. 

Mais parlez, parlez vite. ' | 

DUBOIS-TOUPET. 

Les journaux ont dû tous apprendre qu'il m'était 
arrivé un malheur. 

J.L DAKB VOILÉE. 

Oui, j'ai vu que vous aviez reçu, au club, une tape 
formidable. 

DUBOIS-TOUPET. "' 

Tout ce qui ma restait raflé en deux séauoes... 
soixante mille avant le diner^ quatre-vingt mille en 
revenant du spectacle. 

LA. DAME VOILÉE. 

C'est une guigne i , . 

. DUBOIS-TOUPE:f. V 

C'est im faute, je n'Aurais pas dû m'obstiner à tirer 
à cinq... Oh I ce tirage à cinq 1 

|.A rAME TOILÉj. 

G'pst doao bien terrible? 

DUBOIS**rOUPÈt. 

Si c'est terrible?.. . Demandez-le à tous ceux qui comme 
moi en ont été victimes. 

COUPLET. 

Ainsi que Tient Torg^nt, de mémo 11 faiît'qti'il {>ârte, 
Au jeu du baccarat tout est veine ou guignon« 
Les uns sont condamnés parce qu'ils disent : Carte... 
Et les autres le sont, parce qu'ils disent : Non... 



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i2 LA ROUSSOTTE 

J'avais deux millions, une somme asseï ronde. 
Mais le tirage à cinq me Ta prise en trois mois, 
Quand tous jouerez au bac, ô jeunes gens du monde, 
Si TOUS tirez à cinq, tâchez de prendre un trois. 

LA DAMB YOILÉB. 

Le temps se passe, mon ami, etTamirai... 

DUBOIS-TOUPET. 

Tarrive au fait... Dès que j'ai eu perdu tout ce que 
j'avais, il m'est venu des pensées sérieuses... j'ai songé 
âmes enfants... 



LA DAME TOILÉB. 



Brave cœur I 
A nos enfants! 
Prenez garde ! 



DUBOIS-TOUPET. 



LA DAME VOILÉE. 



DUBOIS-TOUPET. 



Le tirage à cinq avait dévoré la fortune que je de- 
vais leur laisser... il m'a semblé que mon devoir était 
de leur en faire une autre. 

LA DAME VOILÉE. 

Ah î c'est avec des phrases pareilles que vous m'avez 
rendue folle autrefois... continuez... 

DIÎBOIS-TOUPËT. 

Avec les quelques billets de mille francs qui me res- 
taient, j'ai acheté des caisses d'opium, des armes, des 
munitions. 

LA DAME VOILÉE, avec enthoiisiasme. 

Des armes, des munitions!... vous allez faire du 
brigandage! 



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PROLOGUE 13 

DUBOIS-TOUPET. 

Non, je vais tout bonnement échanger tout ça contre 
des balles de soie... 

LA DAME YOILéB. 

Ah! pardon... je croyais... 

DUBOIS-TOUPET. 

Voilà ! et dans une heure, avec mon opium, mes ar- 
mes, mes munitions et mes échantillons, je serai parti 
pour la Chine. Je yais à Shangaï... c*est à Shangaî que 
je vais... 

LA DAUE VOILÉE. 

Dans une heure? 

DUBOIS-TOUPBT. 

Oui, et si j'ai tenu à vous voir avant de partir, c'est 
que j'avais une question à vous adresser. 

LA DAME VOILÉE. 

Pariez. 

DUBOIS-TOUPET. 

Cette fortune que je vais conquérir pour nos enfants, 
voulez-vous venir la conquérir avec moi, voulez-vous 
me suivre à Shangaï ? 

LA DAME VOILÉE. 

Écoutez : Dès que vous avez parlé de votre départ, 
j'ai compris que vous alliez me demander de vous 
suivre... oui, et tout de suite j'ai su ce que j'allai 
-vous répondre,^ tout de suite ma résolution a été 
prise. 

DUBOIS-TOUPET. 

Vous venez ? 

LA DAUE YOILÉI. 

Non, je reste. , 



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44 LA ROUSSOTTE 

. DUBOlâ-TOUPBT. 

C'est bien ! 

LJL DAME VOILEE. 

Je me dois à ramiral... Vous n'ayez plus rien, vous, 
tandis que lui, sa fortune est immense. 

DOBOIS-TOUPET. 

C'est vrai ! 

LA DAME YGILÉE. 

Cette fortune, qui donc l'administrerait si je n'étais 
pas là?... lien est incapable, lui... son intelligence, à 
la suite de ce séjour trop prolongé qu'il a fait dans 
l'eau, le jour du naufrage... son intelligence a subi des 
atteintes... 

DUBOIS-TOUPET. 

Pauvre homme!... 

LA DAME VOILÉE. 

Oh ! oui !... Et généreux, et tout !.,. Et nous l'avons 
trompé I 

DUBOIS-TOUPET. 

C'est vrai, mais qu'y faire?.. . Nous n'y pouvons rien. .. 
le passé est le passé. 

LA DAME VOILÉE. 

Oui, mais l'avenir, c'est l'avenir; l'avenir, c'est l'ex- 
piation, c'est pour expier que je veux rester près de 
l'amiral. 

DUBOIS-TOUPET. 

Si c'est pour ça, je n'ai rien à dire... Cependant... 

LA DAME VOUÉE. 

N'insistez pas, mon parti est pris... Pauvre homme, 
que deviendrait-il s'il apprenait que j© me suis enfuie 



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PROLOGUE 45 

avec un amant! Un pareil changement dans ses habi- 
fudes... 

DUBOIS-TOUPKT. 

C'est vrai ; mais les enfants? 

LA. DAME VOÏtÉK. 

Je veillerai sur eux pendant que vous serez là-bas. 

DUBOIS-XOUPET. 

Vous me le promettez ? 

LA DAME VOILÉE. 

Je VOUS le jure... Tous les jours, je viendrai les voir, 
leur parler de leur oncle. Oui, je le ferai, à quelque 
danger que cela puisse ro'exposer... 

DUBOÏS-TOUPET. 

Des dangers? Aurait-il des soupçons ? 

LA DAME VOILÉE. 

Non, je ne crois pas, et cependant... 

DUBOIS-TOUPET. 

Cependant?... 

* LA DAME VOILÉE. 

L'autre jour, après sa demi-heure de sommeil, l'idée 
lui vint de faire un tour à pied. Il prit mon bras. Tout 
à coup, au détour d'un chemin... je crus que j'allais 
mourir... Les enfants... 

DUBOIS-TOUPET. 

Les enfants?... 

LA. DAME VOILÉE., 

Ils étaient là en face de nous. 

DUBOIS-TOUPET. 

Ils vous ont reconnue? 



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<6 LA ROUSSOTTE 

LA DAME TOILÉE. 

Non, grâce à Thabitude que j'ai prise de ne jamais 
venir ici sans être voilée. Us ne m'ont pas reconnue, 
mais ça ne fait rien, ils m'ont regardée. Et Tamira] 
aussi les regardait. Et, en les regardant, il avait Fair en 
proie à je ne sais quels sentiments... Enfin, après un 
moment de silence : c Mon Dieu, que ces enfants sont 
vilains ! » s'est écrié l'amiral. 

DUBOIS-TOUPET. 

Il a dit ça ? 

LA DAME VOILÉE. 

Oui... Ça m*a rassurée. 

DUBOIS-TOUPET. 

A la bonne heure... Mais il est encore bon, l'amiral, 
de critiquer les enfants des autres. 

On entend des oris dans la oonlisse. 
LA BOUSSOTTE, au dehors. 

Tonton, tonton! 

LA DAME VOILÉE. 

Qu'est-ce que c'est que ça?... Qu'est-ce qui se passe? 

Entre la Roussette. 



SCÈNE IX 



Les Mêmes, LA ROUSSOTTE. 

LA BOUSSOTTE. 

Viens, tonton, viens vite... viens me faire rendre 
mon ballon, on me l'a pris. 

DUBOIS-TOUPET. 

Qui ça? 



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PROLOGUE 47 

LA ROUSSOTTE. 

Un yieux monsieur qui dormait dans une voiture. 

LA DAME TGIL^B. 

Ahî 

LA ROUSSOTTE. 

Ce n'est pas ma «faute, à moi, je jouais avec mon 
ballon sur la route; mon ballon est allé tomber sur le 
nez du vieux monsieur... 

LA DAME VOILl&B, A Dubois-Tonpet. 

La Providence?... 

LA ROUSSOTTE. 

Le vieux monsieur s'est réveillé... 

LA DAME YOILÉE. 

Mon Dieu! que vaîs-je lui dire? Gomment expliquer 
mon absence ? 

LA ROUSSOTTB. 

Moi, je lui disais : Rendez-moi mon ballon, mais il 
ne voulait pas. Il avait mis mon ballon sous son bras 
et il disait : Madame Tamirale? où est madame Fami- 
rale? 

DUBOIS-TOUPET, A la dame voilée qui est sar le point de ae 
trouver mal. 

Eh bien?... Eh bien? 

LA DAME VOILÉE. 
Je suis perdue ! (On entend la musique militaire.) Non, je 

suis sauvée ! Je lui dirai que si j'ai quitté la voiture, 
c'était pour aller voir passer les militaires, good-bye! 

DUBOIS-TOUPET. 

Good-bye... my dear... 



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48 LA ROOSSOTTE 

LA DAME TOILÉB. 

Pas de ces mots-là maintenant... Good-byel Encore 
une fois, good-bye ! 

BUe sort rapidement après avoir embrassé la Eoassotte. 



SCÈNE X 
Les Mêmes, puis SAVARIN. 

• DUBOIS-TOUPET. 

Voyons, ne pleure pas, je t'en ferai donner un autre, 
de ballon, et un plus beau. 

Entre Savarin. 
SAYABIN. 

Il est encore parti, le garnement ; dès qu'il a entend 
la musique militaire, il s'est sauvé ! 

DUBOIS-TOUPET. 

Tâchez de le rattraper, car je pars dans un quart 
d'heure, et je voudrais l'embrasser avant de partir. 

SAVARIN. 

Je m'en vas le rattraper. 

Il sort. 

SCÈNE XI 
DUBOIS-TOUPET, LA HOUSSOTTE. 

LA ROUSSOTTB. 

Tu pars, tonton ? 



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PROLOGUE MO 

DUBOIS-TOUPET, ému. 

Oui, mon enfant, oui. 

LA. ROUSSOTTK. 

Mais tu reviendras ? 

DUBOIS-TOUPET. 

Sans doute, mais peut-être dans bien longtemps. 

LA ROUSSOTTE, 

Eh bien, fais-moi encore le cheval,.. 

DUBOIS-TOUPET. 

Tu veux? 

LA ROUSSOTTE. 

Je t'en prie... 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui ! alors. 

n la prend sar se^ genoax et commeûce à chi^nter. 
Cest aujourd'hui que la gross* Germaine 

LA ROUSSOTTE. 

Non; laisse-moi chanter, la chanson, tu vas voir 
comme je la sais bien. 

DUBOIS-TOUPET. 

Tu la sais, vraiment ? 

LA ROUSSOTTE. 

Tu vas voir. 

La Ronssotte est à cheval aur lea genoax de Dabois>To.npet, 
et elle chante le couplet. 

C'est aujourd'hui qu' la gross' Germaine 

Épous' le fils au père Canon; 

Tré, tré, tré, trémousses- vous donc, 



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20 LA ROUSSOnS 

TrémouBsez-voiiB donc, ma dondaiDe, 
Tré, tré, tré, trémoassez-voiiB donc, 
Trémoa886B-vou8 donc, 
Ma dondonl 
(Parlé.) Tu vois comme je la sais bien. Ensembl.^, 
maintenant, ensemble.! 

Ils reprennent tons deux la chanson. -~ Dubois- Toupet fai- 
sant cette fois sauter la Roussette sur ses genoux. 



FIN DU PROLOGUE 



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ACTE PREMIER 



LE CABINET D'AFFAIRES DE GIGONNET 



An fond, an milieu, armoire à deux battants ouvrant eur la scène. 
^ Porte d'entrée, pan coupé, droite ; fenêtre, premier plan, id. 

— Porte, pan coupé, . gauche. — Porte, premier plan, id. — 
Grande caisse de sûreté entre ces deux portes. — Bureau de 
Oigonnet à droite, fauteuil de bureau A côté de la fenêtre. — 
Chaise de Pautre c6té du ^bureau* ^ De chaque côté de Par- 
moire, un fauteuil. — > Petit bureau -debout avec un registre, 
entre la porte, premier plan gauche et le manteau d'Arlequin. 

— Chaise près de ce bureau. — Près'du fauteuil de gauche de 
Parmoire, une table ronde avec tapis vert, A côté une chaise. — > 
l)ans la caisse, sur des tablettes, des assiettes, des verres, des 
couverts, des serviettes et une nappe. — Laisser l'espace 
nécessaire pour 7 faire tenir un homme. — > Au-dessus de la 
porte de Parmoire, on lit : SALLE OU CONSEIL DE SUR- 
TEILLANCE. — Au-dessus de la porte, premier plan, gau- 
che : DIBBCTION DU CONTENTIEUX. — Sur le mur du 
salon, A droite, grahde affiche sur laquelle on lit: COMPAGNIE 
GÉNÉRALE POUR LE CHAUFFAGE DU POLE NORD. — 
CAPITAL SOCIAL 880 MILLIONS (iLLIMITED), GI- 
GONNET ET COMPAGNIE, DIRECTEURS A PARIS. — 
CONSEIL DE SURVEILLANCE. — Des noms avec une acco- 
lade, et dans le mUieu de ladite : ANCIENS PRÉFETS. — 
NOTA : LES SOUSCRIPTIONS NE SONT REÇUES QU*AU 
SIÈGE DE <LA SOCIÉTÉ, CHEZ MM. GIGONNET EX 
COMPAGNIE. — A gauche, une autre affiche plus petite. sur 



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22 LA ROUSSOTTE 

laquelle on lit : ▲ YBNDRE 150 ACTIONS DE LA SO- 
CIÉTÉ DBS FONDRIÈRES DE LA IfÉYA. — S*ADRES- 
SER A UM. GIGONNET ET COMPAGNIE. — Ce salon n*a 
que deux plans» 



SCÈNE PREMIÈRE 

GIGONNET, ADÈLE. 

Gigonnet écrivant sans s'occuper d*Adéle debout près de lui. 
ADÈLE. 

Voyons, Gigonnet, le petit Gigonnet de mon cœur! 

GIGONNET. 

Vous êtes encore là?... 

ADÈLEé 

Cent cinquante francs, ce n'est pas grand^chose, 
pourquoi ne voulez- vous pas me les prêter? 

GIGONNET. 

Je ne peux pas. (Appelant,) Médard ! 

ADÈLE. 

Gigonnet!... mon petit Gigonnetl... 

GIGONNET. 

Serviteur, Mademoiselle I... (Appelant plus fort.) £h 
bien, Médard, monâenr Médard? 

Entre Médard^ 



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ACTE PREMIER 23 

SCÈNE I! 
Les Mêhss, MÉDARD. 

HÉDARD. 

Voilà, patron!... ' 

ADÈLE, à Médard. 

Vous avez une bonne figure, vous!... Comment se 
fait-il qu'avec une figure comme ça, vous restiez dans 
la maison d'un pareil coquin? 

MÉDARD. 

Je n'ai pas eu le choix, Mademoiselle, je vous as- 
sure que si j'avais eu le choix... 

ADÈLE. 

A la bonne heure!... connoe ça» j6 comprends... 

(a Gigonnet.) Au rCVOir» GigOBJOCt. 

Me sort. 

SCÈNE III 
GIGONNET, MÉDARD. 

GIGONNET. 

Qu'est-ce que vous avez dit tout à l'heure?... que si 
vous aviez eale choix... 

MÈDARD. 

Ça m*a échappé. 

GiGONNET, 

Pourquoi n'avez-vous pas répondu plus vite^ tout à 
l'heure?... Vous dormiez, n'est-xîe pas?... ou vous vous 
occupiez encore de compositions httéraires?... 



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24 LA ROUSSOTTE 

MÉDARD. 

Non, patron! je compulsais des dossiers... J'écrivais 
cette sommation que vous- envoyez au sieur Tique- 
tonne, de Montrouge, pour avoir à payer une somme 
qu*il a déjà payée une fois, mais dont vous supposez . 
qu'il n*a pas gardé le reçu. 

6I60NNET. 

Vous Tavez là, cette sommation ? 

MÉDARD.. 

La voici.* 

GIGONNET. 

Et Taffaire de Péronne?... où en est Taffaire de Pé- 
ronne?... C'est bien aujourd'hui que la jeune fille doit 
arriver ? 

MÉDARD. 

Oui, patron, l'aubergiste chez qui elle était en ser- 
vice a dû lui-même la mettre en chemin de fer. Elle 
arrivera & Paris dans une heure et tout de. suite elle 
viendra ici; je lui ai écrit que M« Gigonnet, ancien 
avoué, avait à lui communiquer quelque chose. 

GIGONNET. 

Anne-Marie, n'est-ce pas?..^ Cette jeune fille, car 
c'est bien une jeune fille... Elle n'est pas mariée... 

MÉDARD. 

Non I elle n'est pas mariée. 

GIGONNET. 

Cette jeune fille s'appelle bien Anne-Marie? 

MÉDARD. 

Oui,4>atron! Parait qu'on l' appelle aussi la Rous* 
sotte, à cause de ses cheveux... Ça me rappelle, il y a 
trois mois... j'y passais justement, à Péronne... j'y 



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ACTE PREMIER 25 

faisais ' mes vingt-huit jours, et je crevais de soif, & 
cause de l'étape qui avait été longue... une jeune fille 
qui avait les cheveux de cette couleur-là, se mit à rire 
en me regardant. 

COUPLETS. 

Le souvenir de cette jeune fille 

Est toujours là, toujours charmant et doux. 

Je la revois avec sod œil qui brille, 

Je la revois avec ses cheveux roux. 

En me voyant tout penaud à la porte, 

E)le se mit à rire avec candeur, • 

Elle a conquis mon cœur en quelque sorte. 

En quelque sorte elle a conquis mon cœur. 

GIGONNET, s*approchant de Médard. 

Qu'est-ce qui lui prend? 

MÉDARD. 

Mie tenait à la main des cerises, 
En souriant, elle me les jetât 
Oui, je sais bien, tout ça c'est des bêtises^ 
Je n*oublierai jamais ces cerises-là. 
Je n'oublierai' jamais sa mine accorte. 
Elle s'enfuit comme un rêve trompeur. 
Elle emporta iuon cœur en quelque sorte, 
En quelque sorte elle emporta mon cœur. 

GiGONNET, de. plus en plus stupéfait;^ 

Vous devenez fou, monsieur Médard ? 

MÉDARD. 

Non, patron, ce que je dis là est la pure vérité, j'em- 
portai des cerises, et elle... elle emporta... 

GIGONNET. 

En voilà assez. Monsieur... je ne vous donne pps 
quinze francs par mois pour que vous veniez me ra- 
conter : « Elle emporta mon cœur. » 

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25 LA ROUSSOTTK 

En quelque sorte. ' 

ÛIGONNET. 

C'est à se demander où j'avais la tête le jour où je 
vous ai choisi pour faire de^ vous le chef de mon con- 
tentieux. 

MÉDARD. ^ 

Le fait est qu'elle est ^assez drôle^ la faç.oi% dont vous 
m'avez choisi. Il y a cinq jowr&y j'arrive cbez vou9r Je 
savais qu'une de vos spécialités était de retrouver les 
parents de ceux qui n'en avaient pas. Cette situation 
se trouvant tout justement être la mienne, je met» de- 
vant vous mes papiers de famille, et je vous dis : 
Voilà, pouvez-vous avec ça vous charger de me re- 
trouver un père?.,. Vous ne regardez pas mes papiers, 
vous me regardez, et vous me dites : « Mon chef du 
contentieux vient de me quitter pour entrer à la 
banque de France, ça vous irait^il deie iremplaeer?... » 
Je vous réponds que ça m'nraitt ^t me voilà instaUé* A 
ce propos, je voulais toujours vous de^mandep^n quoi 
consistaient mes fonefions de chef du eontefttieuxT 

Otfsoûûe. 
GIGONNET. 

On a sonné, vous n'ent^idez pas? 

HÉ.DARP. 

Si fait. 

GIGONNET* 

Eh bien, allez ouvrir. 

MÉDARD. 

Ahl bien... Être chef du contentieux, chez vous, ça 
consiste à aller ouvrir quand on sonne. Fallait le dire, 
voilà tout, fallait le dire...* 

lï sort* 



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ACTE PREMIER 27 

SCÈNE IV 
GIGONNET, puis MÉDARD. 

6I60NNET, seul. 

Anne-Marie, la Roussotte... Je ne me trompe pas, 
c'est bien là cette fille égarée depuis dix ans, que le 
comte de Bois-Toupet m'a chargé de retrouver* 

HÉDA.RB, entrant. 

Patron... c'est un M. Ëdouai*d,.. 

GIGONNET. 

M. Edouard. 

MÉDARD. 

Oui, patron. 

6IG0NNBT. 

Faites-le entrer! 

MÉDARD,' annonçant. 

M. Edouard. 

GIGONNET. 

Il est inutile d'annoncer. 

MÉDARD. 

Ah! je croyais qu'en n^a qualité de chef du conten- 
tieux... 

EDOUARD, ebtrant» il 6te son efaapeau! 

Bonjour, papa Gigonnet. 

MÉDARD, à part. 

Tiens! il a les cheveux rouges, fiL, Edouard, c'eôt 
comme ma jeune fiHe de Péronûè. 

Il sort. 



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28 LÀ ROUSSOTTE 

SCÈNE V 
GI60NNET, EDOUARD. 

6I60NNBT. 

Bonjour, monsieur Edouard. 

EDOUARD. 

Ça va bien? 

GIGONNET. 

Ça ne va pas mal. Vous venez me demander un peu 
d'argent? 

EDOUARD. 

Non. 

GIGONNET, étonné. 

Non? 

EDOUARD. 

C'est pas mal d'argent que je viens vous demander,, 
et non pas un peu. 

GIGONNET. 

Combien? 

EDOUARD. 

Trente mille. 

GIGONNET. 

Fichtre î ... le baccarat toujours ?... 

EDOUARD. 

Ahl mon Dieu, quand on a comme moi la funeste 
manie de tirer à cinq... Mais c'est fini... je renonce, je 
suis décidé à quitter Paris, à ne plus mettre les pieds 
dans un cercle... i 



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ACTE PREMIER 29 

6I60NNBT. 

Ahl*c*est bien, cela... c'est très bien! 

Il va à son bureau. 
EDOUARD. 

Je vais à Monaco. Tai beaucoup travaillé depuis un 
mois. J'qj étudié une marche, je la crois infaillible^ 

GIGONNET. 

Et c'est pour vous en assurer que vous venez me de 
mander trente mille francs? 

EDOUARD. 

Juste. 

GIGONNET. 

n faudrait des garanties. 

EDOUARD, 

Oh! j'en ai. 

GIGONNET. 

Tant mieux! 

EDOUARD 

J*ai ma marche. 

GIGONNET. 

J'aimerais mieux autre chose. 

lâDOUARD. 

Elle est infaillible. Je Tai expérimentée en me servant 
de haricots... Avec trente haricots, j'en ai gagné un 
million cent soixai^e mille. 

GIGONNET. 

Fameux, ça. On pourrait faire sauter Potin. 

EDOUARD. 

Au lieu de trente haricots, supposez trente mille 

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30 t-A ROUSSÔTTE 

francs... Tâchez de ine les trouver, il y aura mille 
francs pour vôtfs, èn'^htJrS de t'ifttôl^lftt... illégal que 
vous "pfèhéz d^otdinaire. 

C'esfbbn... je Wcfeérai, revenez flëmaîn. 

EDOUARD, en sortant. ' 

Tâchez, papa Gigonnet... tâchez, mille francs pour 
vBus. . 

Il sort. 

SCÈNE VI 
GIGONNET, MÉDARD, 

GIGONNET. 

Des billets de mille francs... deschipotages... Ceq«e 
je voudrais... c'est une groisée somme, gagnée d'un 
seul coup... une somme énorme, qui aie çeîCrifôttrait 
d'être honnête. Ah ! l'honnêteté;.. 

MÉDARD, entrant. 

C'est le Chinois. 

ÇK50NN«T. 

Comment, le Chinois? 

j HÉOAIiîî. 

- Le grtttidCkitiois... «è mohsîetir (Juî a fait îoftùneen 
Chine. (Lni donnant une carte.) îl ffi'a'dît de VOUS i*èmettre 
sa carte. 

Le comte Dubois Toupet.** (l'est lui que vous ap- 
pelez le grand Chinois, (il s'éiaps© vers la port&.). Ah! 
vous êtes toujours dans mes jambes... (il fait passer Mé- 



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ACTE PREMIER 3i 

dard devant lui, numéro 1.) Entrez donc, monsieur le 
côtrile./fQotiïâiéùr le comte, je vous en prie, donpez- 
vous donc la pëîne d'éûtrer. 

Dubois-Toupet entre, il regarde 'autour de lui d'un air un 
peu étonné. — > Gigonnet lui présente Médard qui est à son 
bureau, le dos tourné à Dubois-Toupet. 
# - 

SCÈNE VII 

Les Mêmes, DUBOIS-TOUPET. 

GIGONNET. 

Mon chef du contentieux, un garçon très distin- 
gué... il a quitté la banque de France pour entrer 
chez moi. 

DU s OIS, sans regarder Médard. 

Il a eu tort. 

Il s^asàicd. 
MÉDABD. 

Je me retire, n'est-ce pas, patron... je me.retire... 

Il sort. 
GIGONNET. 

Oui, voyez à la première division !... 

SCÈNE VIII 
DUBOIS-TOUPET, GIGONNET. 

GIGONNET. 

Asseyez-vous donc, mon^sieur le comte, je vous en 
prie, donnez-vous la peine de vous asseoir... 



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32 LA ROU&SOTTE 

blIBOlS-TOUP£T. 

Pas de cérémonies... en Chine nous ne les aimons 
pas... vous m'avez écrit une lettre dans laquelle vous 
me dites que vous avez retrouvé ma fille?... 

GIGONNET. 

Oui, monsieur le comte, vous m'aviez chargé de re- 
trouver votre fille et votre fils, vous voyez que j*ai déjà 
fait la moitié de la besogne. 

DUBOIS-TOUPET. 

Si ce que vous dites est vrai, vous n'aurez pas à vous 
plaindre de moi... je vous donnerai trois fois la somme 
que je vous ai promise... et ce n'est pas tout... une 
fois que je vous aurai récompensé pour avoir retrouvé 
ma fille, rien n'empêchera ma fille de vous récompen- 
ser pour lui avoir fait retrouver son père... Elle est 
assez riche pour cela. 

GIGONNFT. 

- Elle est riche? 

DUBOIS-TOUPET. 

Elle est riche... Un million. 

GIGONNET. 

Que vous lui donnez? 

DUBOIS-TOUPET. 

Non pas... un million qui est bien à elle... ça lui 
vient de sa mère. 

GIGONNET, A part. 

La voilà, la fortune... la fortune et l'honnêteté. 11 
faut absolument que j'épouse cette fille-là, avant de la 
lui rendre. 

DUBOIS-TOUPKT. 

Qu'est-ce que vous dites? 



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ACTE PREMIBR 33 

GIGONNET. 

Rien. 

DUBOIS-TOUPET. 

Vous êtes bizarre, jous parlez tout le temps, et quand 
on vous dit : « Qu'est-ce que vous dites? »... vous dites 
que vous ne dites rien. 

GIGONNET. 

Je vous demande pardon... Je suis obligé de penser 
à tant de choses... De quoi parlions-nous? 

DUBOIS-TOUPET. 

Nous parlions de ma fille... quand la verrai-je? 

GIGONNET. 

Mais bientôt... dans une huitaine ou une quinzaine. 

DUBOIS-TOUPET. 

Gomment, huit ou quinze jours... vous m'avez écrit 
que c'était pour aujourd'hui. .. 

GIGONNET. 

Je vous ai écrit ça, moi? 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui, et j'ai là votre lettre. (La lui montrant.) Vous n'al- 
lez pas me dire qu'elle n'est pas de voas, je sup- 
pose? 

GIGONNET. 

Si fait ! elle est bien de moi, mais je ne sais pas où 
j'avais la tête... Cette lettre est bien de moi, mais ce 
n'est pas à vous qu'elle était adressée. 

DUBOIS-TOUPET. 

Ahlahl 



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34 LA ROUSSOTTE 

GIGONNET, allant à son bureau. 

Non... elle était adressée à un autre client qui, lui, 
doit en effet voir sa fille aujourd'hui, tandis que 

iTOUS... 

Tandis que moi, je ne puis voir la miénné que dans 
huit jours. 

JGIGONNET. 

©ui... 

Ou dans quinze jours? 

GIGÔNNET.* 

Om,/tt yardôs ^dfécdaroites... 

DUBOIS-TOUpET. 

• Décidément, vous n'êtes qu'un farceur... Serviteur, 
inonsieur Gigonnet. 

Il va pour sortir et ouvre la porte du fond. Cette porte f^u- 
de^us d» laquelle sont écrits ces mo4» :' Conseil. de sur- 
veillance, est la porte d'un plaeard coalenant' le^^iabiis ^e 
Gigonnet. 

GldÔN'NET. 

Pas par là, monsieur le ^Ôte..'. c*éàî ïhète -ïddseil 
de surveillance. 

DUBOIS-TOUPET, en sortant. ^ 

Ohl oui, un farceur!... r, 

S6ȻE IX 

é 



^JIGOtWrr, puis*M*DARD. 



■ GIGONNET, seui. 

Enfin... il est parti... j'avais une peur qu*«Ue n'arri- 
vât pendant qu'il était là... Un milhon... mon idée est 



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ACTE PREMIER 35 

-bien simple... J'épouse la Roussette, et une fois que je 
Fai épousée, je dis au comté Dubois^Toupet, la voilà 
votre fille, vous voyez bien qi|e je Tai: letr^uvée... 
Voyons, voyons^ il faut. plaire poup.épçii^^ et pour 
plaire, il favit être jqli... hm^. !«r. En^n^ avoc. un p^U 
complet de trentei-oinq. £ran^,t« et un .cQi^,,de fer^.^ 
Médarii ! éh bien,. . . Mécjai^ ?.^ 

MtDA^DventnuKu 

Patron!... 

GIGOItIfET, 

Vous allez rester ici, Médard, et si cerÉte jeune fifle 
que nous attendons,.. 

tfÉ]XÀ<Rfi.> 

La Roussotte?... 

GIOOKNItT., 

Oui, si elle vient avant mon retour, vous la recevrez 
^vecles plus grands égar^^ yornij entendez?... 

MÉDARD. 

Oui, patron. ^ 

OIGONNET. 

Et travaillez enm'attendMit... vous ne faites rien... 
je ne vous donne, pas quinze francs par mois pour 
que vous ne fassiez rien. Travaillez, Monsieur. 

Il sort. 

SCÈNE X 

MÉDARD, seul. 

. Oui, je vais travaitlec».i»aû^ p«s.à iesisibaaà^ Jm- 
sérable... je vais, traràlleïà cequi j!»il^iRe>it<m»i^.çi^i 
jour la fortune avec la gloire.,. Voyons, je tiens le re- 
frain* 



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36 LA ROUSSOTTE 

T a pas h dire. 

Je dois couronner la flamme à 

A celui qu^enflamma Flamma. ^ 

Flamma, c'est une femme... je Tai appelée Flamma, 
parce que avec enflamma, ça donne un effet comique. .. 
enflamma Flamma... G*est un effet comique. Mainte- 
nant il faut que je fasse le corps du couplet... ça n'a 
pas d'importance, mais enfin, il faut le faire... 

L'autre jour au restaurant, 
J* voyais mon pauvr* soupirant 

(On frappe.) Entrez... 

J* voyais mon pauvr' soupirant 

(On frappe une seconde fois.) Entrez dOUc!..» 

Tout seal à sa petite table. 

Me lancer un regard lamentable. 

SCÈNE XI 

MÉDARD, LA ROUSSOTTE. 

LA ROUSSOTTE,- chargée de paquets et traînant une grosse 
malle. 

Monsieur Gigonnet, ancien avoué? 

HÉOARD. 

Il est sorti... mais c'est moi qui le remplace... £a- 
trez donc ! 

LA ROUSSOTTE. 

Me voilày Monsieur... 

' MÉDARD, se retournant. 

Ah ! mon Dieu... mes cheveux rouges de Péronne... 
la jeune iille qui emporta mon cœur... 

LA BOUSSOTTB. 

Qu'est-ce qu'il y a?... 1 



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MÉDARD, 



LA ROUSSOTTE. 



ACTE PREMIER 3; 

MÉDARD. 

Alors, comme ça, vous ne me reconnaissez pas?... 

LA ROUSSOTTE. 

Non. 

Cherchez bien... 
Je vous assure... 

HÉDARD. 

A Péronne... le régiment... le jeune réserviste qui 
crevait de soif et à qui vous avez donné des cerises.. 

LA ROUSSOTTE* 

Attendez donc!... 

COUPLETS. 

I 

Attendez ! Je m* rappell' maiQt*nant 
Ce tourlourou tout blanc d* poussière, 
Empêtré dans son fourniment, 
Qa^avait pas Tair à son affaire... 
Il mangeait là son pain tout sec. 
J' lui dis : Voulez-vous que j* vous donne 
Des ceris*8 pour manger avec ? 
— C*e8t pas d' refus, la beir personne... 
Il croqua de bon appétit 
. Tout*8 les ceris's et tout* la miche. 

HÉDARD, parlé. 

C'était moi... c'était moi !... 

LA ROUSSOTTE. 

Quoil c'était vous de qui qu* j*ai dit... 
En v*là un qu'est pas mai godiche I . • . 



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38 , LA ROUSSOTTE 

II 

Vous m' difs : Vos ceris's, c'est combien? 

J' TOUS répondis : EU 's n' sont pas chères... 

Et pour vous ça sera pour rien. 

Car j*aim* beaucoup les militaires. 

Mais j'vis bien qu'ça vous cbiffonnait 

De m* devoir cômm' ça quelque chose, 

Car vous ajoutâtes : Il y aurait 

Un moyen d' m'acquitter... mais j' n'ose... 

Un p'tit baiser m' porterait bonheur. 

Va pour un p'tit baiser, j' m'en fiche. 

HÉ DARD, avec enthousiasme 

Et alors qu'est-ce que j'ai fait, moi ? 

Lk ROUSSOTTB. 

Vous en prit's deux et de bon cœur. 
Pas si godich' pout un godiche I 

Là, vrai, là, si vous ne m'aviez pas rappelé tout 
cela... jamais je ne vous aurais reconnu. 

MÉDÂBD. 

Je vous ai reconnue tout de suite, moi... et mainte- 
nant encore. (La Roussotte rejette ses cheveux en arrière.) Te- 
nez, ce geste-là, vous l'avez fait après avoir jeté les ce- 
rises. 

LA ROUSSOTTE. 

Oh I il y a bien longtemps que je le fais.... toute pe- 
tite on me le faisait déjà remarquer. 

MÉDÀRD. 

Et maintenant, malheureuse, que venez-vous faire 
ici?... 

LA. ROUSSOTTE. 

Gomment, ce que je viens faire, mais je ne sais 
paS| moi ; c'est vous qui devez le savoir. 



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ACTE PREMIER 39 

MÉDARO. 

Non, je ne sais pas... Le patron ne me Ta pas dit : 
mais ce doit être dû propre. 

LA ROUSSOTTE. 

Eh!... là! 

HËOARD. 

Vous ne savez donc pas où vous êtes ici ?... 

LA ROUSSOTTE. 

Je suis chez M. Gigonnet, ancien avoué. 

MÉDARD. 

Ancien avoué? Jamais il n'a été avoué,., vous ô.tes 
chez un agent d'affaires véreux. . . tout ce qu'il y a de 
pliis véreux... Il se passe ici des choses. Tenez, en vou- 
lez-vous un exemple ?... 

LA ROUSSOTTE. 

Je veux bien. 

HéOARD. 

Eh bien l il y avait un pauvre cordonnier qui était 
dans l'embarras... et je pourrais vous en raconter cent 
comme ça, si je voulais... Il y avait une duchesse qui 
avait besoin d'argentparce que sonbon ami avait perdu 
aux cartes ; alors elle est venue ici... ici, chez M. Gigon- 
net... et elle lui a dit : « C'est pas tout ça, il me faut de 
l'argent pour Rodolphe. » Parce que, dans ce monde-là, 
on peut bien faire tout ce qu'on veut; mais il faut payer 
ses dettes de jeu. Mon patron a répondu : «De l'ar- 
gent, je n'en ai pas, mais je connais quelqu'un qui 
prête à la petite semaine. » Et savez- vous qui est-ce 
qui prêtait à la petite semaine ? 

LA ROUSSOTTE. 

C'était le cordonnier? 



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40 LA ROUSSOTTE 

MÉDARD. 

Non... c^était justement le duc, le mari de la du- 
chesse, alors quand il a vu que sa femme avait fait 
des billets... çaen a fait des histoires... Vous comprenez, 
des histoires à n'en plus finir... Vous êtes dans ime 
caverne, ici, malheureuse enfant, voilà où vous êtes. 

LA ROUSSOTTE. 

Mais, alors, comment y étes-vous, vous ? 

MÉDARD4 

Oh! moi... 

LA ROUSSOTTB. 

Qu'est-ce que vous avez?... Je vous ai fait de la 
peine? 

HÉDARD. 

Non. Pourquoi je suis ici?... Pensez-vous que Je 
puisse choisir mon état, malheureux orphelin... Un 
jour, on me ramassa dans la rue... Comme il avait plu 
depuis quarante jours on m'appela Médard. Alors, que 
faire? Lancé dans la vie, il faut bien vivre... et je suis 
entré ici... et si j'y reste, c'est que j'ai quelque chose 
qui me fait supporter tout ce que je vois, tout ce que 
j'entends. 

LA ROUSSOTTE. 

Qu'est-ce que vous avez qui vous fait supporter?.. 

MÉDARD. 



LA ROUSSOTTE. 



La poésie ! 
Hé? 

HÉDARD. 

Vous ne comprenez pas ? • 



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ACTE PREMIER 41 

I.A ROUSSOTTE. 

Non. 

UÉDARD. 

Un jour, je suis entré au café-concert... c'est un en- 
droit dans lequel on boit et on chante... Vous compre- 
nez? 

LA ROUSSOTTE. 

Parfaitement. Café, on boit... Concert, on chante I 

UÉDARD. 

Dans ce café-concert, il y avait un monsieur qui 
chantait : 

Je m'en vais aux eaux avec Zaza 
Zozo avec Zaza 
Zozo. 

LA ROUSSOTTE. 

• Oh! c'est gentil, ça!... Est-ce que vous la savez tout 
entière? 

MÉDARD. 

Non. 

LA ROUSSOTTE. 

Oh I c'est fâcheux. 

MÉDARD. 

En entendant ça, j'ai eu froid à lestomac. 

LA ROUSSOTTE. 

Vous aviez pris une fraîcheur. 

MEDARD. 

Non, c'était l'enthousiasme... l'enthousiasme du 
poète... Je suis rentré, et depuis ce temps-là... je pio- 
che... j'en ai en train : En voici les titres : « Qui 
n'eniend qu'une cloche n'entend qu'un melon.., — J'at- 
tends l'omnibus qui monte à Picpus.,. Avec un genou 



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42 LA ROUSSOTTE 

ur la iêle, on ne saurait pas marcher droit -> 

Ce n'est pas bon... je sens que ça n'est pas bon, mais 
ça ne fait rien. Je lutte, et le jour où j'aurai triomphé, 
adieu le contentieux de M. Gigonnet. — En attendant, 
je suis bien aise d'y être pour rester avec vous, pour 
vous défendre... 

LA ROUSSOTTE. 

Vous croyez donc que je cours des dangers, sérieu- 
sement ? 

MÉDARD. 

Si vous en courez, malheureuse enfant, je crois bien 
que vous en courez. 

LA ROUSSOTTE. 

Eh bien, je m*en fiche pas mal ! 

MÉDARD. 

Comment ? , 

LA ROUSSOTTE. 

D'abord je ne suis pas poltronne, et puis... puisque 
nous sommes là tous les deux... 

MÉDARD. 

Ah! ce regard que vous aviez en me jetant les cerises. 

(La Roussotte rejette ses cheveux en arrière.) Et puis, le petit 

geste. 

LA ROUSSOTTE. 

On vient. 

MÉDARD. 

C'est le patron, n'ayons pas l'air de nous connaître. 

Entre Gigonnet, tout habillé de neuf et frisé. 



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ACTE PREMIER 43 



SCÈNE XII 
Le§ Mêmes, GIGONNET; 

GIGONNET, à part. 

Elle est là, je la tiens!... (Haut.) Laissez-nous, mon- 
sieur Médard... 

HÉDARD. 

Mais, patron... 

GIGONNET. 

Laissez-nous, je vous dis... 

^ HÉDÀRD, à part. 

Sapristi ! il s'est fait friser... il s'est fait friser et il 
embaume... Qu'est-ce que ça veut dire? 

Il sort en faisant des signes à la Ronssotte. 



SCÈNE XIII 
GIGONNET, LA ROUSSOTTE. 

LA. ROUSOTIE. 

M. Gigpnnet, ancien avoué?... 

GIGONNET. 

C'est moi. Vous avez des papiers à me remettre ? 

LA ROUSSOTTE. 

Oui, je sais. . . (Les lui donnant.) Eu v'ià d'abord qui 
viennent de la mairie, c'est mon état-civil. 



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44 LA ROUSSOTTE 

GIGONNET,à part. 

C'est bien elle, c'est bien mon million I (n se passe la 

main dans les cheveux, lance un regard vainqueur à la Rous- 
sotte et se remet à examiner les papiers.) En effet; et puis un 

certificat du maître d'école. 

LA ROUSSOTTE. 

Oh! je suis très bien instruite. 

GIGONNET. 

Ça se voit. Mais ily a des pièces qui ne vous concer- 
nent pas... 

LA ROUSSOTTE. 

Ah! oui, ça concerne un frère que j'ai eu et qui a 
disparu. Edouard, on l'appelait le Roussot. Je ne sais 
pas ce qu'il est dévenu. J'ai entendu dire qu'il avait fait 
fortime. 

GIGONNET. 

Tant mieux! 

LA ROUSSOTTE. 

Mais si ça vous est inutile, rendez-les moi. 

GIGONNET. 

Non, non!... Je les garde, (a part.) Ça peut servir! 

LA ROUSSOTTE. 

Et puis voilà le certificat de mon dernier maître. 

GIGONNET. 

L'aubergiste de Pôronne? 

LA ROUSSOTTE. 

Oui... 

GIGONNET. 

Tout est en règle. Vous êtes bien la personne que 
j'attendais. 



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. ACTE PREMIER 45 

LA ROUSSOTTE. 

Qu'est-ce que vous avez à me dire? Dites-le moi tout 
de suite. 

GIGONNET. 

J'ai à vous dire que je vous ai fait venir pour vous... 

LA ROUSSOTTE. 

Pour me... 

GIGONNET. 

Pour vous faire occuper une position brillante, (a 
part.) Je ne peux pas lui dire comme ça, tout de suite... 

LA ROUSSOTTE. 

C'est-y pour être bonne dans une maison où il y aura 
de bons gages et pas grand' cbose à faire? 

GIGONNET. 

Otii, si vous voulez. 

LA ROUSSOTTE. 

Je crois bien que je veux; combien qu'il y aura de 
gages? 

GIGONNET. 

Ce que vous voudrez. 

LA ROUSSOTTE. 

Ehl 

GIGONNET. 

Cent francs... Deux cents francs.. 

LA ROUSSOTTE. 

Par an? * 

GIGONNET. 

Non, par mois... 

3. 



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46 LA ROUSSOTTB 

LA ROUSSOTTE. 



OÙ ça? 

Ici, chez moi.. 

Ah!... • 



GtGONNET. 
LA ROUSSOTTE. 



GIGONNET. 

Si VOUS voulez une avance... j'ai là ma caisse... 

LA ROUSSOTTE. 

Non, je ne demande pas ça; mais... (Elle regarde autour 
d'elle.) Enfin, il faut croire que vous faites des écono- 
mies sur le reste, afin de bien payer vos domestiques... 
On peut toujours essayer... Où est ma chambre? 

GIGONNET. 

Votre chambre? 

LA ROUSSOTTE. 

Oui. 

/GIGONNET, à part. 

Je vais lui donner la mienne .. -Haut.) Là, au fond du 
couloir, à gauche. 

LA. ROUSSOTTE regarde encore une fois autour d'elle. 

Enfin, qu'est-ce que vous voulez?... Une place pa- 
reille, ça ne peut pas se refuser... Je m'en vais voir ma 

chambre. (Revenant brusquement et levant la main.) Vous 

n'avez pas d'idées contre l'honneur, au moins... parce 
que si vous aviez des idées contre... 

GIGONNET. 

Non... non... au contraire... 

LA ROUSSOTTE. 

C'est bon, alors... je m'en vais dans ma chambre. 

Elle sort. 



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ACTE PREMIER 47 

SCÈNE XIV, 

GIGONNET, puis MÉDARD. 

GIGONNET, seul. 

Là... au fond du couloir. Maintenant, débarrassons- 
nous de Médard. 

n l'appelle. — Rentre Médard. 
MÉDARD. 

Eh bien! où est-elle donc? 

GIGONNET. 

Qui ça?. . La Roussotte?... Elle est là, dans ma cham- 
bre. 

MÉDARD. 

Elle va rester ici?... 

GIGONNET. 

Qu'est-ce que ça peut vous faire?... 

MÉDARD. 

Rien, rien du tout... 

GIGONNET. 

Prenez cette sommation que vous avez écrite tout à 
l'heure, et portez-la au domicile du sieur Tiquetoniïe. 

MÉDARD. 

A Montrouge? 

GIGONNET 

Oui... au Grand-Montrouge... 

MÉDARD. 

C'est bien, c'est très bien. 

Entre la Roussotte. 



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48 LA ROUSSOTTE 

SCÈNE XV 
Les Mêmes, LA ROUSSOTTE. 

LA ROUSSOTTE. 

Me voilà prête; qu'est-ce que j*ai àfairéî 

GIGONNET. 

Ce que vous avez à faire? 

LA ROUSSOTTE. 

Oui. 

GIGONNET. 

Êh bien! mais je ne tarderai pas à dîner, mettez le 
couvert. 

LA ROUSSOTTE. 

Où sont les assiettes? 

GIGONNET. 

Ah! c'est vrai, vous ne savez pas... 

II va à la caisse et se penche pour faire joaer le ressort et 
ouvrir. 

MiDARD, bas. 

Il veut se débarrasser de moi. Il m'envoie à Mont- 
rouge. 

JiA ROUSSOTTE, bas. 

C'est loin? 

HÉDARD, bas. 

Très loin. 

LA ROUSSOTTE, bas. 

Mais je ne veux pas, alors... 



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ACTE PREMIER 49 

MÉDiRD, se relevant, bas. 

, N'ayez donc pas peur... 

GIGONNET, se relevaot. 

Tenez, vous trouverez là-dedans tout ce qu'il vous 
faut, (a Médard.) Eh bien? Qu'est-ce que vous faites là?... 
Vous n'êtes pas parti? 

MÉDARD. 

Je m'en vais!... Je prends mon chapeau. 

GIG05NET. 

Allez donc I 

MÉDARD. 

Je ne peux pas aller à Montrouge sans mon chapeau. 

î\ sort. 

LA ROUSSOTTE^ mettant le -couvert avec co qu'elle prend dans 
la caisse. 

Drôle de buffet, tout de môme. En ont-ils de ces in- 
ventions, dans ce Paris... 

M É DARD, rentrant. 

Qu'est-ce -que c'est que ça, encore?... Qu'est-ce que 
c'est que ça?... Ce marmiton que je viens de rencontrer. 

Entre un marmiton apportant un dîner somptueux. 
GIGONNET. 

Eh bien! c'est mon dîner que je fais venir... Qu'y 
a-t-il là qui vous étonne?... Allezrvous en, Monsieur, 
allez où je vous ai dit. 

MÉDARD. 

Vous m'autorisez à prendrel'impériale de l'omnibus? 

GIGONNET. 

Oui. 



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50 LA ROUSSOTTE 

MÉDÂRD. 

Je vais prendre romnibus qui va de la gare de TEst 
à MontrougeV 

GIGONNET. 
Oui... oui... allez... (Médard sort. — Au marmiton.) Il y a 

bien tout? 

LE HâRHITON, mettant les plats sur la table. 

Oui, Monsieur, voyez... 

GIGONNET. 

C'est très bien. 

Le marmiton s^en va, Oigonnet se met à table. La Roussotte 
va et vient tout en servant. 



SCÈNE XVI 



GIGONNET, LA ROUSSOTTE. 

LA ROUSSOTTE. 

Eh bien ! c'est bon. Si vous faites des économies, ça 
n'est pas sur votre nourriture. 

GIGONNET. 

Ail! ah ! c'est très gai ce que vous dites là... Vous êtes 
gaie... 

LÀ ROUSSOTTE. 

Je suis pas triste. 

GIGONNET. 

Tant mieux, tant mieux. Si je me mariais jamais, je 
voudrais une femme qui fût gaie. 



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ACTE PREMIER 81 

LA ROUSSOTTE, 

Ne me regardez pas comme ça. 

GIGONNET. 

Pourquoi? 

LA ROUSSOTTE, 

Parce que je rirais. Et je ne yeux pas rire. Une fois 
que j e ris, c'est terrible ... 

GIGONNET. 

Causons un peu, voyons. Il y a longtemps que vous 
étiez chez cet aubergiste de Péronne? 

LA ROUSSOTTE. 

Il y a bien sept ou huit ans. Quand le père Savarin 
n'a plus été là, il a bien fallu chercher de l'ouvrage... 
J'ai trouvé une place chez l'aubergiste de Péronne, j'ai 
accepté. 

GIGONNET. 

Et dame, il a fallu travailler. 

LA ROUSSOTTE. 

• Ohî oui. Je faisais les chambres, je répondais aux 
voyageurs... 

GIGONNET. 

Et jamais d'amoureux? 

LA ROUSSOTTE. 

Vous dites? 

GIGONNET. 

Jamais d'amoureux? 

LA ROUSSOTTE. 

En v'ià une bêtise! 

GIGONNET. 

Comment? 



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52 LA ROUSSOTTE 

LA ROUSSOTTE. 

Demander à une belle fille comme moi, si elle n*a ja- 
mais eu d'amoureux... Certainement si... j'en ai eu... et 
à remuer à la pelle! 

RONDEAU. 

Pour les compter, mes amoureux. 
Faudrait les compter par douzaines, 
y faisais beaucoup d'effet sur eux, 
J* leur procurais des turlutainest... 
L' premier était un grand causeur, 
Qui parlait toujours politique; 
Il était commis-voyageur, 
Et très ecjôleux, mais bernique I 
Un jour, me trouvant sans témoin. 
Il m' prit la taill'... c'est un' misère, 
Mais s'il avait été plus loin 
Je ne l'aurais pas laissé faire. « 

Le deuxième était tout doré 

Avec des manchett's de batiste, 

Il avait un bonnet fourré , 

Je crois que c'était un dentiste... 

Il me pria de lui verser 

Un vin de chez nous qui vous grise, 

Ses yeux se mirent à briller, 

Moi je d'vins roug' comme un' cerise... 

Il m'embrassa la lèvre... au coin... 

C'était, ma foi, fort téméraire... 

Mais s'il avait été plus loin 

Je ne l'aurais pas laissé faire I 

Le dernier était à cheval, 
Il était au moins capitaine, 
Il avait un air martial 
Et portait la mine hautaine. 
Il a demandé son chemiô 
Aux gamins sortant de l'école, 



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ACTE PREMîER 51 

Puis il partit à fond de train 

Sans m'adresser une parole. 

Moi non plus je n* lui parlai point, 

Il disparut dans la poussière... 

Mais je sentis quand il fut loin... 

Ou* lui j' Taurais peut-étr' laissé faire... 

GIGONNET. 

Ah! il y en a un que vous auriez laissé faire? 

LJL ROUSSOTTE. 

n y en a toujours un comme ça... 

GIGONNET. 

Et... eât-ce qu'il me ressemblait?... 

LA. ROUSSOTTE, se tenant A quatre pour ne pas rire. 

Ah! ben... non... ne me dites pas ça... 

Ici Gigonnet vide son verre ponr se donner du courage, puis 
il regarde la Roussotte d'un air tendre. 

GIGONNET, à part. 

Il faut pourtant que je me décide à faire ma demande. 
(Haut.) La Roussotte! 

n lui prend les mains. Médard entre. 



SCÈNE XVII 
Les Mêmes, MÉDARD. 

GIGONNET. 



Hein?.. 



MÉDARD. 

J'ai oublié mon mac-farlane ! 

GIGONNET. 

Comment, c'est encore vous? 



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»4 Là flOUSSOTTB 

UÉDARD. 

Oui/ Je ne peux pas aller à Montrouge sans mon 
mac-farlane... 

GIGONNET. 

Je vous en donnerai, moi. 

MÉDARO a pris son mac-farlane. 

Voilà!... Je rai. 

GIGONNET. 

Allez-vous en donc ! 

MÉBJLRD. 

Je prendrai aussi Fimpériale pour revenir,- n'est-ce 
. pas? 

GIGONNET. 

Oui, prenez ce que vous voudrez I 

HÉDARD. 

Je débiterai trente centimes au grand-livre? 

GIGONNET. 

Eh! oui... Allez-vous en! (il le pousse dehors.) A-t-on 
jamais vu !... Un homme que je charge d*une mission 
importante ; un homme à qui je donne quinze francs.. . 
non quinze cent^ francs par mois. 

SCÈNE XVIII 
GIGONNET, LA ROUSSOTTE. 

LA ROUSSOTTE. 

C'est peut-être parce qu'il n'a pas envie de s'en al- *:" 
1er!... Allons, remettez-vous et buvez!... Asseyez- 
vous! 



1 



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ilCTE PREMIER 65 

GIGONNET. 

Oui, je boirai, mais à une condition... 

LA. ROUSSOTTE. 

Laquelle ? 

GIGONNET. 

C'est que vous boirez avec moi. 

LA ROUSSOTTE. 

Oh! quant à ça, tant que vous voudrez.. c 

GIGONNET. 

Vraiment? 

LA ROUSSOTTE. 

Là-bas, à Tauberge, je buvais toujours avec les voya- 
geurs, moi... Ça ne me faisait rien ; eux, ça leur faisait 
^ ^ , quelque chose, et alors. . . 

GIGONNET. 

Et alors?... 

y.A ROUSSOTTE. 

Alors,ils faisaient de la dépense, c'est ce que voulait 
le patron... 

GIGONNET. 

Ça ne vous fait rien ?. . . Asseyez -vous. 

LA ROUSSOTTE.. 

Oh ! rien du tout. Tandis qu'à vous, ça commence à 
^,. . vous faire quelque chose. 

GIGONNET. 

Oh!.. 

^ LA ROUSSOTTE. 

Oh ! si.,, et je ne vous donne pas cinq minutes pour 
dire une bêtise. 



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56 LA HOUSSOTTE 

GIGONNET. 

Il n'y a pas de danger. Je suis un homme sérieux. 
Asseyez-vous. Martin Gigonnet, ancien avoué... 

LA ROUSSOTTB. 

C'est un bon état? 

Elle s'assiod à la table. 
GIGONNET. 

Si c'est.un bon état... Vous n'avez pas Tair de croire 
que c'est un bon état ? 

LA ROUSSOTTE. 

. Moi, je croirai tout ce que vous voudrez. 

GIGONNET. 

C'est un bon état... je vous assure. Je gagne de l'ar- 
gent, beaucoup d'argent... Mais j'en gagnerais encore 
plus si j'étais marié. 

LA ROUSSOTTB. 

Pourquoi ça ? * 

GIGONNET. ' 

Parce qu'un homme marié, ça inspire plus de con- 
fiance. 

LA ROUSSOTTE. 

Eh bien; alors, pourquoi ne vous mariez-vous pas? 

GIGONNET. 

Mais avec qui ? 

LA ROUSSOTTE. 

Est-ce que je sais, moi. . . 

GIGONNET. 

Prendre une femme dans le grand monde... dans 
mon monde... Je le pourrais, si je voulais... mais c'est 



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ACTE PREMIER 57 

bien. scabreux. Elles ont des instincts de coquetterie, 
de dépense. Tenez, savez-vous l'idée qui me vient en 
vous voyant, vous si gaie, si dure au travail? 

LA ROUSSOTTE. 

Non... Quelle est Pidée qui vous vient ?... (a part.) La 
vlà, la bêtise, il va la dire. 

GIGONNET. 

L'idée qui me vient... c'est au lieu de chercher dans 
le grand monde, c'est de t'épouser, toi, tout uniment. 

LA ROUSSOTTE. 

La v'ià !... Elle y est... et y a pas cinq minutes... 

GIGONNET. 

Eh bien ! . . . Vous ne répondez pas ?. .'. 

LA ROUSSOTTE, éclatant de rire. 

C'est pas ma faute... je vous ai dit que quand je nie 
mettais à rire... 

GIGONNET. 

Je vois ce qu'il te faut, à toi... Tu veux qu'avant de 
réparer ses torts, on commence par en avoir. Eh bien, 
c'est bon, on en aura... 

LA ROUSSOTTE. 

Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? 

GIGONNET, buvant. 

Ça veut dire que je vais d'abord te prendre un baiser, 
puis deux baisers, puis trois, puis quatre.. . 

LA ROUSSOTTE^ Parrètant. 

Âh ! n' faites pas ça. 



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58 LA ROUSSOTTB 

COUPLETS. 

I 

N' fait'a pas ça, j' suis très bonne fille, 
Je suis douce comme un mouton. 
Je suis gentille, très gentille, 
Je frais pas d' mal à un hanneton. 
Mais vous auriez tort, mon p'tit père, 
D' prendre avec moi ces manières-là... 
N* fait's pas ça, ça n'est pas à faire, 
Dans votre intérêt, n' fait's pas çal 

II 

J' suis superb' quand je suis en rage, 
L^œil qui briir, les cheveux au vent, 
J* vous ai un' façon d' femm' sauvage. 
C'est un spectacl* qui f rait de l'argent. . 
Mais si vot' personn' vous est chère, 
N* vous payez pas ce spectacP là.,. 
N' fait's pas ça, ça n'est pas à faire, 
Dans votre intérêt, n* fait's pas çal 

GIGONNET. 

Tant pis, je me risque. 

Elle lui donne un grand soufQet. 

LÀ nouSSOTTE, poursuivie par Gigonnet, et lui jetant à la tôte 
tous les dossiers qui sont sur le bureau. 

Tiens donc ! . . . tiens donc I . . . 



SCÈNE XIX 
Les Mêmes, MÉDARD. 

UÊDARD, entrant. 

Qu'est-ce qui se passe donc ici? 



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ACTE PREMIER 59 

GIGONNET.* 

Rien!... Rien!... Nous jouons!... 

Lk ROUSSOTTE, allant à Médard. 

Mais, pas du tout... Il a voulu m'embrasser... 

Mé'DARD, Terobrassant. 

Vous embrasser... le misérable... Mais, je suis là, el 
je vous emmène... 

GIGONNET. 

t 

Et vous croyez que je vous laisserai partir?... 

UÉDARD. 

Mais, certainement, je le crois ; mais^ certainement. 

(il saisit Gigonnet et le fourre dans la caisse.) Là, COmmC ça, 

au moins, il y aura quelque chose dans la caisse... 

LA ROUSSOTTE. 

Pas grand' chose... mais quelque chose... 

MÉUARD. 

Venez vite... 

LA ROUSSOTTE. 

Mais, il me manque... 

MÉDARD. 

Prenez mon mac-farlane... 

LA ROUSSOTTB. 

Allons, maintenant... 

GIGONNET, croTant le haut de la caisse avec sa tète et appa- 
raissant. 

Amoi, àmoi!... 



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ACTE DEUXIEME 



LA CRÉMERIE 

Devanture vitrée avec* rideau* — Ouverture au milieu fermée par 
deux portes-persiennes volantes. — Porte à droite, deuxième 
plan, donnant dans la cuisine. — A côté de cette 'porte, ao- 
dessus, petit guichet. — Au fond, A droite, comptoir sur lequel 
il y a, à droite, une corbeille en fer peint avec des bouteilles 
dedans. — A gauche, réchaud en cuivre avec deux théières 
dessus. — Au milieu, un registre. — Buffet d^angle, â^^uche, 
sur les tablettes duquel il y a des bouteilles, des tasses, des as- 
siettes et des verres. — Trois tables à gauche avec des chaises 
autour. » Deux tables à droite avec chaises autour. •— Tapis, 
jeux de cartes sur la première table de droite. 



SCÈNE PREMIÈRE 

ADÈLE, MARIA, H EL 01 SE, à la première table de droite, 
MËDARD, seul, à une petite table à gauche. CONSOMMA- 
TEURS. 

ADÈLE. 

Moi, d*abopd, un homme qui joue du piano, je ne 
comprends pas qu'on lui résiste. 



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ACTE DEUXIÈME 6i 

MARIA. 
Oh! oh! 

ADÈLE. 

Je suis comme ça... 

HÉLOÎSE. 

Faut qu'il en joue bien alors; parce que s'il en jouait 
mal... 

ADÈLE. 

L'homme que j'ai le plus aimé au monde se mettait 
devant un piano, n'importe lequel ; il faisait comme ça : 
pim, pim, pim, pim... C'était censé des perles qui 
tombaient... pim, pim, pim, pim... ça durait deux 
heures... au bout de ces deux heures-là, j'étais folle... 
on aurait fait de moi ce qu'on aurait voulu; on m'au- 
rait dit d'être honnête... 

MARIA. 

Moi, je n'aime pas la musique sans paroles... il me 
faut des paroles! 

HÉLOÎSE. 

Oh! les paroles... 

MARIA. 

Je ne tiens pas à comprendre, pourvu qu'il y ait de 
l'amour et que l'on parle d'un pays où l'on aurait en- 
vie d'aller. 

HÉLOÎSE. 

Du sentiment, alors?... 

MARIA.. 

Je ne m'en cache pas. 

HÉLOÎSE. 

J'aime mieux les bêtises... 



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62 LA ROUSSOTTfî 

ADÈLE. 

Une femme qui les chante bien, les bêtises, c'est la 
nouvelle bonne de madame Victor, celle qui est ici 
depuis trois jours... 

MARIA. 

La Roussotte?... 

ADÈLE. 

Oui. Hier soir, j'étais venue avant tout le monde... 
La Roussotte se croyait seule; elle chantait... Eh bien! 
je vous assure, il y a des étoiles, à qui on donne jus- 
qu'à des dix francs par jour, dans des cafés, et qui ne 
chantent pas mieux qu'elle. 

HÉLOÎSE. 

Faudrait voir ça. 

Elle étale an jeu de cartes devant elle, et se met à se tirer 
les cartes. Quelques consommateurs tapent sur les tables, 
appelant: «Laiillel La fille!... » — Entre la Roussotte 
portant en équilibre autant de plats que possible ; eUotes dis- 
tribue avant dé chanter, pendant la ritournelle du morceau 
suivant. 



SCENE II 



Les Mêmes, LA ROUSSOTTE. 



LA ROUSSOTTE. 

Un peu d' silence. 
On n'est pas sourd... 
Prenez patience, 
Chacun son tour. 
Faut que j' réponde 
En même temps 
A tout le monde, 
A tous les gens. 



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ACTE DEUXIÈME «3 

L'un m'interpelle 

Pour son fricot, 

L'autre me hèle 

Pour son gigot... 

Holà! La fille! 

Un fricandeau ! 

Mat'lott' d'anguille l 

Ma têt' de veau ! 

Allons, la bonne, 

Pu'est-c' que je dois? 

J' suis bonn' personne. 
Mais j' peux pas tout faire à la fois. 

Ma pauvre Roussotte, 

Faut- il, saperlotte! 
Qu' tu fass's un service aussi dur que çal 

Ob ! sur ma parole, 

Je deviendrai folle 

A ce métier-là I 

II 

A toute minute 
Pour ma vertu . 
Il faut que j' lutte! 
Métier ardu ! 
Mais ceux qui boivent 
Me guett'nt, et quand 
Ils m'aperçoivent 
Me fatiguant 
De leurs sornettes, 
Avec mes bras 
Chargés d'assiettes, 
Criblés de plats. 
Vite, ils accourent 
Pour m'embrasser. 
Et tous m'entourent ; 
J' veux les r'pousser. 
Et dans mon zèle, 
A ce métier, 
J' cass' la vaisselle 



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6V LA R US 01TB 

Mais rhonneurl Hionneur reste en(icr. 
Ma pauyr* Roussolte, 
Faut-il, saperlotte I 
Qu' tu fa^*s un service aussi dur que ça l 
Ah ! sur ma parole, 
Je deviendrai folle 
A ce métier-là I 
Elle 8*approche de Médard qai la regarde avec admiration. 

LA ROUSSOTTE, parlé, à Médard. 

Vous avez fini, VOUS? 

MÉDARD. 

Taifini depuis deux heures; mais ça ne fait rien.-. 
Je reste là à vous regarder aller et venir, ça m'amuse. 
Une bonne idée que j'ai eue, tout de même, de vo s 
amener ici, quand nous nous soncunes sauvés de chez 
l'infâme Gigonnet... 

LA ROUSSOTTE. ^ 

Ohl oui, une bonne idée !... Vous ne l'avez pas revu, 
l'infâme Gigonnet? 

MÉDARD. 

Non. Il me doit cinq jours de contentieux; mais je 
n'ai pas jugé à propos de les lui réclamer, le misé- 
rable!... Ce qui me chiffonne, c'est que j'ai beau me 
creuser la tête, je ne peux pas arriver à deviner quel 
était son plan en vous attirant. 

LA ROUSSOTTE. 

Il me semble que ce n'est pas facile à deviner... 

MÉDARD. 

Ohl non, ça ne devait pas être pour ça seulement .. 

• LA ROUSSOTTE. 

Vous croyez ? 



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ACTE DEUXIÈME if5 

MÉDARD 

Cette idée-là... l'idée à laquelle vqus faites allusion... 
elle aurait pu, à la rigueur^ venir à un honnête 
homme... Ce gredin de Gigonnet avait-dû penser à 
autre chose... J'en suis sûr, et je suis sûr aussi que 
vous n'en avez pas fini avec lui ; il essaiera de vous 
repincer... 

LJL ROUSSOTTB. 

Qu'il y vienne I 

Madame Victor est rentrée en scène depuis quelques instants; 
elle est à son comptoir. 



SCÈNE III 
Les Mêmes, MADAME VICTOR 

MADAME VICTOR. 

Eh bien! la Roussotte? 

LA ROUSSOTTE. 

Madame... 

MADAME VICTOR. 

Vous n'avez donc pas dit à l'as, ce que je vous avais 
chargée de lui dire? 

LA ROUSSOTTE. 

Non, Madame, non... pas encore; mais je vais lu 
dire. Madame, je vais lui dire... 

MADAME VICTOR. 

Je vous y engage, si vous ne voulez pas que je lui 
dise moi-même. 



LA ROUSSOTTE. 

Je vais lui dire. 



Elle sort. 



4. 



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66 LA ROUSSOTTB 



SCÈNE IV 

Les Mêmes, moins MADAME VICTOR. 

MÊDARD. 

Mais, c'est moi, Tas?... 

-LA ROUSSOTTE. 

Oui, et ce que madame Victor m'a chargée de vous 
dire, c'çst qu'elle vous est certainement très recon- 
naissante de venir comme ça tous les jours déjeuner 
et diner chez elle, mais... 

MÉDARD. 

Mais quoi? Voyons, mais quoi?... Elle ne peut pas 
dire que je lui dois de l'argent puisqu'on ne fait-p^s de 
crédit ici, depuis le jour où un certain M. Edouard est 
parti en laissant une note... Il paraît qu*elle était fa- 
meuse la note. . . 

LA ROUSSOTTE, montrant la table. 

Madame Victor trouve que vous restez trop de temps., 
et elle n'a pas tort. Vous avouez vous-même que vous 
avez fini depuis deux heures. 

MÉDARD. 

Je lui neutralise une table, voilà ce qu'elle me re- 
proche, je lui neutralise une table... 

LA ROUSSOTTE. 

Elle ne le dit peut-être pas aussi bien, mais... 

MÉDARD. 

Elle a raison... je m'en vais. Qu'est-ce que j'ai?... un 
aloyau purée, un chester, un carafon de vin. 



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ACTE DEUXIÈME C7 

LA ROUSSOTTE. 

Ça fait dix-huit sous. 

U paie. — La Roassotte rend deux sous. 
MÉDARD. 

Gardez... 

LÀ ROUSSOTTE. 

Ohl monsieur Médard, à moi!... 

MÉDARD. 

Je vous en prie... 

LA ROUSSOTTE. 

Je ne veux pais... 

• MÉDARD. 

Vous me désobligerez, vraiment. 

LA ROUSSOTTE. 

Songez donc, vous n'avez plus de place .. 

MÉDARD. 

Je vais en avoir une; j'ai un ami qui m'a promis de 
m'en faire avoir une dans une compagnie de publicité. 

(Montrant Jes deux sous.) Si VOUS nclcs prenez paS, je' VOUS 

avertis que j'en ferai un mauvais usage. 

LA ROUSSOTTE, les prenant. 

Ohl alors... mais, c'est bien ^ pour vous faire plai- 
sir... j'aurais cru qu'entre nous..." 

MÉDARD. 

Je m'en vais... et savez-vous ce que je me reproche, 
en m'en allant, c'est de ne pas vous aimer assez... 

LA ROUSSOTTE. 

Vous m'aimez bien, pourtant; il me semble que 
VOUS m'aimez bien... 



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6S LA ROUSSOTTE 

MÉDÀRD. 

Oui, je vous aime bien, mais je ne vous aime pas 

assez... (Prenant le ton dequelqa*un qui explique quelque chose 

de très compliqué.) Puisquc tout à l'heure, quand je revien- 
drai, je vous aimerai mille fois plus que InaintenanT;, ça 
prouve que maintenant je ne vous aime pas encore 
assez... 

LA ROUSSOTTBc 

Tiens, c'est gentil ça... Est-ce que c'est des vers? 

HÉDÀRD. 

Ça a l'air d'être des vers parce que ça ne se com- 
prend pas très bien... Mais ça n'est' pas encore... 11 
faudrait le dernier coup de fion... . 

LA ROUSSOTTE. 

Vous le donnerez, n'est-ce pas ? 

MÉDÀRD. 

Si vous Ici désirez... 

LA ROUSSOTTB. 

Oui. Et vous en ferez une chanson... que j'appreiî- 
drai comme j'ai appris les autres... car je les sais tou- 
tes par cœur, maintenant, et je les chante quand je 
suis seule. 

MÉDARD. 

Femme admirable!... Eh bien, elle est libre sa table, 
et personne ne la prend... 

LA ROUSSOTTE. 

On l'aurait peut-être prise tout à l'heure... Vous par- 
tez?... 

MÉDARD. 

Il le faut bien... puisque votre patronne... 



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ACTE DEUXIÈME ' 60 

LA R0US:OTiE. 

Si vous avez cette place, vous viendrez me le dire, 
n'est-ce pas? vous Tiendrez me le dire tout de suite. 

uédàrd. 
Je vous le prome|s... 

U sort. 

SCÈNE V 

Les Mêmus^ moins MÉDARD. 

MARIA. 

La Roussottel la Roussottel faites-moionon absinthe. 

LA ROUSSOTTE. 

^oilà. Mademoiselle! 

IBX^ fait Tabsinthe avec le plus grand soin, versant Peau do 
très haut, etc. 

ADÈLE. 

Je disais tout à Theure à ces dames que, hier, je vous 
avais entendue et que vous chantiez très bien 1 

Un consommateur entre. 
LA ROUSSOTTE. 

Je ne sais pas; je sais que quand je chanle, came 
fait plaisir, à moi... Tant mieux si ça fait plaisir aux 
autres. 

HÉLOÏSE. 

Vous devriez nous chanter quelque chose. J'ai un 
ami qui est quatrième ténor au Beuglant d'à côté... 

LA ROUSSOTTE. 

Vraiment? 

HI^LOÎSE, très diga*. 

Oui, ma chère. 



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70 LA ROUSSOTTE 

LA ROUSSOTTE. 

Et si TOUS étiez contente de ma chanson, vous lui 
en parleriez, à votre ami? 

HÉLOiSE. 

Sans doute... 

LA ROUSSOTTE. 

Je crois bien, alors... (a part.) L'avenir de Médard, 
peut-être... (Haut.) Je crois bien, alors, que je vous 
chanterai quelque chose... Pas maintenant... il y a 
encore trop denaonde... mais, tout à l'heure, quand 
le coup de feu sera passé... parôe que la patronne... 
pas conmiode, la patronne!... 

AD^LE. 

C'est promis?... 

LA ROUSSOTTE. 
C'est promis... (Au consommateur qui vient d'entrer.) Qu'CSt- 

ce qu'il vous faut. Monsieur?... 

IjO consommateur lui fait sa commande tout bas. ~ Edouard 
vient d^^ntrer par la porte du fond; il descend vers la 
table oti sont les trois femmes qui ont repris leur patience. 
La Roussette sort quelques instants après Centrée d'Edouard. 
Il ne Ta pas vue. 

SCÈNE VI 
Les Mêmes, EDOUARD. 

EDOUARD. 

Moi, je mettrais le valet de trèfle sur le dix de trèfle! 

LES TROIS FEMMES, se retournant. 

Edouard!... 



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ACTE DEUXIÈME 71 

EDOUARD. 

Cette chère Adèle, cette bonne Héloïse, cette excel- 
lente Maria!... 

MARIA. 

Vous vous trompez; moi, Maria... 

HÉIQÎSE. 

Moi, Héloïse. 

ADÈLE. 

Et moi, Adèle. 

EDOUARD. 

Vous en êtes bien sûres?... Enfin, vous savez cela 
mieux que moi... 11 y a pas mal de temps qu'on ne 
s'est vu... 

HÉLOÏSE. 

Au moins deux ans... Vous avez disparu tout d'un 
coup... La mère Victor nous parlait encore de vous 
ce matin... 

ADÈLE. 

Elle nous en parle tous les jours, de vous, la mère 
Victor... 

EDOUARD. 

A cause de mon compte, pas vrai?... Eh bien, qu'elle 
soit heureuse... Je viens le régler, mon compte... 

MARIA. 

Pas possible!... 

:éDOUARD« 

Parole d'honneur ! . . . 

ADÈtE. 

Mère Victor !... Faut lui annoncer ça avec des ména- 
gements, ça serait capable... Mère Victor! 



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72 LA ROUSSOTTE 

TOUTES. 

Mère Victor!... mère Victor!... 

MADAME YICTOR, ouvrant son petit gnichet. 

Qu'est-ce qu'il y a? * 

HÉLOÏSE. 

Une ancienne connaissance! 

MARIA. 

Regardez... 

MADAME YICTOR« 

Vous, Monsieur... 

EDOUARD 

Oui, moi... qui viens payer mes vieilles additions... 

MADAME VICTOR. 

Toutes?... 

EDOUARD. 

Toutes. 

MADAME VICTOR. 

Ahî... 

£llâ disparait. On entend un bruit de vaisselle cassée. 

ADÈLE. 

Qu'est-ce qui lui arrive?... Je vous avais bien dit 
qu'il fallait y mettre des ménagements... 

MADAME VICTOR, reparaissant. 

C'est la joie, n'ayez pas peur... Vous me devez quatre 
cent soixante-treize francs vingt-cinq, mon bon mon- 
sieur... Si vous désirez vérifier, rien déplus facile... 
mais, ce n'est pas la peine, je suis sûre du chiffre, je 
me le répétais tous les soirs avant de m'endormir. 

EDOUARD. 

Voilà cinq cents francs ! 



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ACTE DEUXIÈME 73 

MADAME YICTOR. 

levais vous rendre... 

Elle va au comptoir. — Rentre la Houssotte ; elle va servir lo 
consommateur à gauche. 

MARIA. 

Eh bien! moi, j*ai beau faire... jamais je n'arrivera! 
à comprendre. 

EDOUARD. 

Qu'est-ce que vous ne comprenez pas? 

MARIA. 

Comment Tidée a pu vous venir de payer la mère 
Victor? 

EDOUARD. 

Te vais vous dire... Hier, je rencontre un ancien cha- 
pelier à qui je devais trois • cents francs, je les lui 
donne».. Après les lui avoir donnés, j'entre au cercle... 
et là je gagne... Alors, je me suis dit : Tiens, tiens... 
Est-ce que par hasard ça porterait bonheur de payer 
ses vieilles dettes... Voilà pourquoi je suis venu payer 
la mère Victor... 

MARIA. 

Ah! bien, comme ça, je comprends. 

MADAME VICTOR. 

Tenez, voilà ce que je vous redois... vingt-six francs 
soixante-quinze. 

Edouard les nsprend. Après les ayoir pris, il regarde la 
Roussotte. Celle-ci le regarde. Ils ont tous les deux les 
cheveux du même rouge. 

EDOUARD. 

C'est vous qui êtes la fille? 

LA ROUSSOTTBt 

Oui , M'sîeu, c'est moi qui suis la fille*.. 



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74 LA ROUSSOTTB 

EDOUARD. 

Elle a de. drôles de cheveux, la fille. 

LÀ ROUSSOTTE. 

Ma foi, de la couleur des vôtres... Ils sont gentils, les 
vôtres!... 

EDOUARD. 

Oui, pas mail... 

LA ROUSSOTTB. 

Qu'est-ce que vous avez à me regarder comme ça? 

EDOUARD. 

C'est comme un souvenir... il. me semble quand j'é- 
tais tout petit... (Faisant le ^ste d'un homme qui cherche à se 
rappeler quelque chose et qui ne peut pas.) Tenez, la fillc. 
Il lui donne les vingt-six francs. 

LA ROUSSOTTE. 

Tout ça pour moi, tout... 

EDOUARD, 

Oui, tout, et je ne sais pas pourquoi, mais ça me 
fait plaisir de vous les donner... 

* LA ROUSSOTTB. 

Eh benl... venant de vous, ça me fait plaisir de les 
recevoir... Merci, Monsieur. 

Elle s'en- va  gauche. '^ 
EDOUARD. 

Adieu, Adèle; adieu, Héloïse; adieu, Maria... Je ne 
me suis pas trompé cette fois?... Adieu, la mère Vic- 
tor, adieu. 

En regardant la Roussette,- Edouard sort. 
LES FEMALES. . . 

Adieuj Edouard! Adieu! adieu 1 



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ACTE DEUXIÈME ïfo 

MADAME yiCTOR, à la Roussette. 

Je m'en vais... Maintenant que tous les restaurateurs 
de Paris ont fait leurs provisions, je m'en vas voir à 
la haBe, si je ne trouverais pas quelque chose de pas 
trop cher pour le diner de ce soir... 

LA ROUSSOTTE. 

Bien, Madame. Mais pas si haut, il y a encore des 
clients... • , ' 

Madame Victor sort** 



SCÈNE VII 

i Les Mêmes, moins EDOUARD et MADAME VICTOR, 
puis MÉDARD. 

MARIA. 

Et allez donc, maintenant qu'elle est partie, c'est le 
mOHient, la Roussotte... 

LA HOUSSOTTE. 

Je ne demande pas mieux î . 

Entre Médard. 
MEDARD. 

J'ai la place... je suis nommé; j'entrerai en fonctions 
à deux heures... heure militaire... 

LA roussotte. , 

Nous avons le temps, alors.,. (Lui faisant signe, de venir 

dans un coin du théâtre.) Dites donc, monsieur Médard?... 

MÉDARD. 

Femme admirable... . . 



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76 U ROUSSOTtE 

LÀ ROUSSOTTE. 

Ces demoiselles me demandent de leur chanter une 
de vos chansons afin de voir un peu l'elFet que ça pro- 
duirait sur le public... 

MÉDARD. 

C'est une idée ça, et d'autant meilleure que ce mon- 
sieur... là... vous voyez... ce monsieur qui est dans le 
coin. . . 

LA ROUSSOTTE, 

Ouï. 

MÉDARD. 

Eh bien!... je crois, j'ai tout lieu de croire que c'est 
le Directeur de l'Éden de la rue Oberkampf. 

LA ROUSSOTTE. 

Oh I je vais bien m'appliqùer, alors. 

MÉDARD. 

Qu'est-ce que vous allez chanter? 

LA ROUSSOTTE. 

La fille du peintre en bâtiments. 

UÉDARD^ 

C'est une des bonnes, c'est lîne des bonnes ; ce n'est 
pas la meilleure, mais c'est une des bonnes. •• 

CHANSON NATURALISTE. 

COUPLETS. 
î 

Y a pas d'ancêlr's dans ma famille, 
Montmartre a vu mes premiers ans! 
Je suis tout bonnement la fille * 

D'un simple peintra en b&timents 1 



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ACTE DEUXIÈME ' 77 

Quand y v*naît des clients, ma mère 
M'dpp'lait d'en bas et me disait : 
Amanda, va chercher ton père, 
11 doit être chez V mastroquet. 
Comm' la pudeur n* pouvait m' permettre 
D' franchir le seuil des cabarets, 
J'applais papa par la fenêtre, 
Et du plus loin que je T voyais, 

Hépillouit! 
Il n* se faisait pas dir* deux fois, 
£t je ramenais not' bourgeois, 

Hépillouit! 
Les peintres en bâtiments 
Sont de bons enfants, 

PiUouitI 



II 



Quand je fus grande et courtisée, 

D'un pied léger, le soir venu 

Je m'en allais à l'Elysée, 

Celui d' AJoutmartr', bien entendu, 

Et comm' j*étais des plus ingambes, 

J'y pinçais un pas sans égal, 

Et j* provoquais par mes ronds d' jambes 

L'émotion du municipal I 

Mais papa n'aimait pas qu* sa fille 

Risqu&t des pas si pleins d*effet. 

Et souvent au fort du quadrille, 

J'entendais sa voix qui m' criait : 

HépillouitI 
Je n* me 1' faisais pas dire deux fois, 
£t je rentrais chez not' bourgeois, 

Pillouitl 

III 

Il eut raison, c't' excellent père, * 
Car c'est bien TefTet du hasard. 



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J7S LA ROUSSOTTB 

Vlà que j*époase un millionnaire, 

Un princ' moscovite, un boyard. 

La nuit à Theure où 1* cœur s'épanche. 

Il m*emmena chez lui loger... 

Il ôta sa cravate blanche, 

Moi, j'ôlai ma fleur d*oranger. 

Tout à coup d'vant not* résidence, 

J'entends du bruit, qu'est-c' que c'est qu' ça? 

C'étaient des bons amis d'enfance 

Qui m'annonçaient qu'ils étaient là' 

Hé pillouit! 
Ils me le répétèr'nt deui foisi 
V'iaùl ça défrisa mon bourgeois. 

. Pillouit I 

IV 

Mais le prince avait 4e la race. 

Il se remit d' c't* incident, 

Et, je le confess' sans grimace, 

Nous nous aimâmes. Cependant, 

C'pendant il me manquait quèqu'chose 

Pour que mon bonheur fût complet, 

Quelque chose de blanc, de ro3e, 

Tout's les mamans savent c' que c'est. 

Cette joi' j' brûlais d' la connaître, 

J'en voulais presqu'à mon mari. 

Quand un jour, là.., dans l' foud de mon ôtro. 

Je crus entendre un petit cri l 

lié pillouit ! 
C'était lui! j' reconnus sa voix, 
C'était mon nouveau p'tit bourgeois. 

Pillouit î 

LES FEMMES. 

Bravo I la Roussotte, bravo! 

LA nOUgSOTTE. 

Ce n'est pas à moi qu'il faut dire bravo! c'est à lui, 
l'auteur! 



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ACTE DEUXIÈME 79 

* LES FEMMES. 

Compliments, Monsieur, félicitations. 

M É A n D, à la Roussotte. 

Merci, Mesdemoiselles... Femme admirable!... La 
voilà la première caresse de* la gloire : et c'est à, vous 
que je la dois... . :. 

LA ROUSSOTTE, lui montrant le monsieur ^î se dispose à s'en 
aller. 

Le monsieur... le monsieur. . allez vite lui deman- 
der... 

MÉDARD. 
Ah! oui'... (n s*approche du monsieur.) Eh bien, Mon* 

sieur, avez- vous été satisfait? 

* LE MONSIEUR. 

Enchanté... le bœuf aux choux surtout était excel- 
lent... 

MÉDARD. 

Ce n'est pas de ça que je vous parle... Je sais, Mon- 
sieur, ou du moins, je crois, j*ai tout lieu de croire que 
vous êtes le directeur de... l'Édèn de la rue Ob'erkampf. 

LB MONSIEUR. 

Moi?... pas du tout; je suis placeur en vins... c'est 
moi qui place les nouveaux vins dç Bordeaux que l'on 
va fabriquer en Algérie... 

Il sort. 

MÉDARD, désappointé. ., 

Ah!... c'est un avertissement ça-.. Ça veut dire qu'il 
ne faut pas me laisser griser par le succès et que, 



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80 LA ROUSSOnB 

puisque j'aî une place, je dois la garder... Deux heu- 
res... je m'en vas entrer en fonctions... A bientôt^ 
femme admirable 1... 

LÀ ROUSSOTTE. 

A bientôt, mon poète!... 

Ml^DARD.. 

Vous pouvez le dire... je suis en traîn d*en faire une 
spécialement pour vous : ça n'est pas encore mûr, 
mais ça bout... 

Un pâî deux pâ, trois pâ, quatr* pâ! 
Quat' p&iissiers, faisaient de la galette... 
Un pft, deux pâ, trois pft, quatr' pâl 
Quat' pâtissiers faisaient du pain trop mou... ' 
Survint une cantinière, 
Qui leur dit ceci : 
Vous étouffez mes pensionnaires^ 

C'est moi qui vous V dis* 
Un pâ, deux pâ, etc., etc. 

Adieu, Mesdemoiselles, et merci de vos bons encou- 
ragements. Faites-vous chanter celle-là quand je la lui 
aiu^ai donnée. 

Un pâ, deux pâ, trois pâ, quat' pâî 
Quat' pâtissiers, faisaient de la galette... 

Il sort. 

LA ROUSSOTTE, à Hélolse. 

Vous lui parlerez, n'est-ce pas. Mademoiselle, à vo- 
tre quatrième ténor. 

HÉLOÎSE. 

Je crois bien que je lui parlerai et pas plus tard que 
tout de suite... 

LÀ ROUSSOTTE. 

Allez-y, Mademoiselle, allez-y. (Elles sortent.) Ohl être 



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AGTS DEUXIÈME Bl 

femme!... être la femme d'un poète... En attendant 
faut que j'aille laver ma vaisselle.., 

GhanUiat. 
Un pâ, deux pft, trois p&, qaat* p4! 
Je la sais déjét* 

£;iIo outra 4ani la ouuiod» 



gCENE YIII 

GIGONNET, DUBOIS-TOUPET, puis 
LAROUSSOTTE. 

GIGONNET, 

Entrez dono, monsieur le comte... 45, boulevard 
Bochechouart... une crémerie... c'est bien ça.^ 

DUBOIS'TOUPET. 

Ma fille est ici?... 

GIGONNET. 

Oui, mais n'oubliez pas ce que vous m'avez promis, 
que quelle que soit la récompense que je vous de* 
mande, vous me l'accorderez... 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui, oui, c'est convenu, ma fille.. • 

GIGONNET. 

Tout de suite, monsieur le comte. A la boutique 
vous allez voir qu'elle est ici...- 

LÀ ROUSSOTTE, entrant. 

Voiïàl voilai 

GIGONNET. 

Bonjour, la Roussotte. 

5. 



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p? 


; LA ROUSSOTTE 




LA BOirSSOTTK. 


Gigonnet! 


■ . . . , 



GIGONNET, 

Vous m'avez quitté un peu brusquement Tau tre fois.. 
Vous avez eu tort. Si je vous avais fait venir à Paris 
c'était pour tous rendre un père. 

LA ROUSSOTTE, 

Un père I 

nUBOIS-TOUPET* 

Oui, moi... vous ne me croyez pas.., 

LA ROUSSOTTE. 

Je VOUS croirais- peut-être, si vous^ n'étiez pas avec 
ce... 

DUéoIS-TOUPET. 

Heureusement, il ne me sera pas difficile de vous, 
convainore-.* rappelez-vous quand je faisais leclievat. 

Tré, tré, -tré, trémoussez-vous donc, 
Etc. 
Voyons, regardez-moi, quand j'étais chez le père Sa- 
varin. ' . 

y.A ROUSSOTTE. 

- Oui, en effet, il me semble... Trémoussez-vous donc, 

ma dondaine, etc. (Elle chante, Dubois>Toupet, repcend avec 

elle.) Mon oncle... . . * 

DUBOIS-TOUPET. 

Non, ton père I Je peux le dire maintenant. 

LA ROUSSOTTE. 

Papa!... âh!..^. Voulez- vous prendre quelque chose? 

GIGONNET, à Dubois-Toupet. 

Maintenant, si nous parlions de la récompense» 

DUBOIS-TOUPET. 

Tout ce que vous voudrez. Voulez- vous dix mille 
francs, vingt mille francs? 



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ACTE DEUXIÈfi*E 83 

GIGONNET. 

Non, je veux autre chose; mais vous ne consentirez 
peut-être pas ! - 

PUBOIS-TOUPKT. 

Quoi donc? 

GIGONNET. 

Je vous prie de m' accorder la main de Mademoiselle ! 

LA ROUSSOTTE. 

Par exemple ! 

DUBOIS-TOUPET. 

Demandez-moi de Targent, monsieur Gigonnet, beau- 
coup d'argent... mais, quant à sa main, non.'.. (A la Rous- 
•otie.) Je te trouverai mieux que ça. , 

LA ROUSSOTTE. 

Oh! quant à un mari, vous n'avez pas besoin de 
chercher... J'en ai un en vue, M. Médard !... 

GIGONNET. 

Médard!... vous avez envie d'épouser Médard? 

. . . LA ROUSSOTTE. 

Sans doute !... Et ce n'est pas vous qui m'empêche- 
rez peut-être... 

GIGONNET, àDnbois. 

c 

Votre serviteur, monsieur le comte I... j'aurai pro- 
chainement l'honneur de vous révoir!... (a part.) Tu 
verras bien, toi, situ épouses M. Médard... 

Il sort. 



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8i LA ROUSSOTTB 



SCENE IX 
Les Mêmes, moins GIGONNET. 

DUBOIS-TOUPET. 

Qu'est-ce que c'est que M. Médard ? 

LA ROUSSOTTE. 

M. Médard ?... C'est celui que j'aime I 

DUBOIS-TOUPET. 

Quelque pauvre diable ! 

LA ROUSSOTTE. 

Il a une place! 

DUBOIS-TOUPET, dédaignoux. 

Dans le gouvernement? 

XA ROUSSOTTE, fièrement. 

Non, dans les annonces... 

DUBOIS-TOUPET. . 

Ça ne fait rien... Ce n'est pas un mari pour toî. Tu 
es riche, maintenant ; tu es très riche; tu as un million 
àtoi!... 

LA ROUSSOTTE. 

Un million ? 

DUBOIS-TOUPET. 

Ouï. 

LA ROUSSOTTE. 

Qu'est-ce que c est que ça ? 

DUBOIS-TOUPET. 

Tu ne sais pas ce que c'est qu'un million; sais- tu au 
moins ce que c'est qu'une pièce de cinquante centimes? 



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ACTE DEUXIËMS 8S 

Li. ROUSSOTTB. 

Oh! ouï! 

DUBOIS-TOUPET. 

Eh bien ! un million, c*est deux millions de pièces de 
cinquante centimes... Maintenant, tu sais ce que c^est 
qu'un million. Une demoiselle qui a tant de pièces de 
cinquante centimes que ça, ne peut vraiment pas 
épouser..» 

LA ROUSSOTTB* 

Mais cependant, papa? 

DUBOIS-TOUPET. 

Cependant? 

lA ROUSSOTTE. 

Oui, papa, cependant... 

DUBOIS-TOUPET. 

Ah ! mon Dieu I... est-ce que ?... Pauvre fille, aurais- 
je le droit de te reprocher... Est-ce que M. Médard... 

LA ROUSSOTTE. 

M. Médard?... 

DUBOIS-TOUPET. 

Est-ce qu'il t'aurait fait oublier... 

LA ROUSSOTTB. 

Oh ! non, papa, jamais... 

DUBOIS-TOUPET. 

Jamais?... 

LA ROUSSOTTE. 

Jamais, jamais... 

DUBOIS-TOUPBT. 

Rien do plus simple, alors, que de l'envoyer prome- 



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;8C LA ROUSSOTT& 

ner ; embrass6-mo\ ; tu es une brave fille... Voyons, je 
m>n vais chercher une voiture».. Tu as sans doute ici 
quelques petites choses que tu tiens à emporter?... 

tA. nOUSSOTTB, ' 

Mais, papa, M. Môdardî 

DUBOIS-TOUPET. 

11 ne faut plus y penser, à M. Médard... Tu n*auras 
pas plutôt passé une quinzaine de jours au milieu du 
liîxc dont je veux t' entourer, que tu comprendras tpi- 
mômc... Va, ma fille. 

LA ROUSSOTTE. 

Oui, papa, j'y vais. 

DUBOIS-TOUPET. 

Va, ma fille. (soH la Roussotte.) Madame Médard I... 
Je vous demande si c'est possible... Madame Médard!... 

(il fait un pas pour sortir et se retrouve en face de Médard qui 
vient d^entrer. — Médard est couvert d'ui^ede ces guérites porta* 
tives sur lesquelles on met les annonces. — Sur la pancarte de 
devant il y a écrit en grosses lettres.) — ELLE N*ÉTA1T QU'É- 
VANOUIE?... ET LUI, QU*EST-CE QU'iL ÉTAIT?... 

Il tient à la main des prospectus et en offre A Dubois-Toupet. 

MÉDARD, offrant un prospectus. 

Monsieur... 

DUBOIS-TOUPET. 

Je VOUS remercie. Monsieur. 

U salue Médard très joliment et s^en va. 



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ACTE DEUXIÈME 87 



SCÈNE X 

MÉDARD. 

J'ai la plaije... Elle n'est peut-être pas aussi brillanle 
que je pouvais l'espérer, mais enfin, qu'est-ce que vous 
voulez ?... J'ai le pied dans Tétrier : c'est à moi, main- 
tenant, de m'éjevep par mon zèle et par mon intelli- 
gence. Ce costume non plus n'est pas très avanta- 
geux... Mais il y a la façon de le porter... et puis c'est 
très i^ommode,pour faire des farces à ses amis et con- 
naissances. ■— Vous allez voir, (n appelle.) A la boutique! 
à la boutique 1 

Entré la Roassotte, Médard a dispara dans son appareil» — - 
La Roussotte parait très surprise de ne trouver personne et 
de voir cet objet bizarre au milieu de la scène» 



SCÈNE XI 
MÉDARD, LA ROUSSOTTE. 

LA JIOUSSOTTE. 

Qu'est-ce que c'est que ça ? 

£IIe 8*approche de Pappa^eil. Médàrd reste caché. — La 
' Roussotte lit : Elle n'était qu'évanouie, etc. Médard se 
montre. 

lIÉDAirO. 

Ah lie voila ! 

LA BOUSSOTTE. 

Est-oe bête de faire des peurs comme ça... comment 
c'est vous ? 



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88 LA ROnSSOTTB 

M^DARD* 

Oui, c*68t moi ; et puis le petit bonhomme n'y est plus. 
(Il dispataii.) Et puis, il y est encore. 

U reparaît. 
%k ROUSaOTTS. 

II plaisante, le malheureux I 

HÉDARD* 

Et pourquoi donc ne plaisanterais-je pas ?... Qu^est- 
ce qu'il y a, mon Dieu ? 

lA ROUSSOTTE. 

n y a que depuis tout à l'heure, depuis que vous êtes 
parti, il s'est passé des choses... Mais ôtcz ça, je vous 
prie, la scène est vraiment trop grave pour que vous 
puissiez garder ça sur le dos. 

IIÉDARD4 essayant de sortir de sa carapaoe. 

Allons, bien. . . voilà que je ne peuxpas, à cette heure. . . 
Ah ! si, ça y est, parlez, maintenant, parlez. 

LA ROUSS'ÔTTE. 

Vous avez trouvé une place, vous ?... Eh ! bien, moi, 
pendant ce temps-là, j'ai trouvé un père !.. 

UÉDARD. 

Est-il possible ! 

LA ROUSSOTTE. 

Tout à l'heure, en entrant, est-ce que vous n'avez 
pas rencontré?... 

HÉDARD. 

Si fait I... C'était votre père?... Excusez l 

LA ROUSSOTTE. 

Oui, papa appartient aux classes les plus élevées de 
la société, il est riche, et moi aussi je suis riche. 



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ACTE DEUXIÈME 89 

UÉDAAD. 

LA ROUSSOTTB, 

UÉDARD. 

lA ROUSSOTTE. 



Tant mieux I 
J'ai un million. 
Un million ?..• 
Oui. 

MÉDARD, ravi. 

C'est un chifTre, cela, c'est un chilTre... 

LA ROUSSOTTE. 

Vous ne voyez pas là un obstacle ? 

Ul^DARD. 

A quoi? 

LA ROUSSOTTE. 

A notre mariage?... 

UÉDARD. 

Parce que vous êtes riche ?... Allons donc I ça se dit 
dans les pièces de comédie, ces bêtises-là; mais dans 
la vie réelle, jamais la fortune n'a empêché... Ça a du 
bon, la fortune... Ça sert à un tas de choses; ainsi, mes 
débuts littéraires, vous verrez comme ça* les facilitera. 

LA ROUSSOTTE, embarrassée. 

Je ne dis pas non... mais... 

MÉDARD. 

Mais quoi ? qu'est-ce qu'il y a, voyons ? 

LA ROUSSOTTE. 

Mon père... 



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90 


LA ROUSSOTTE 




MÉDARD. 


Eh bien ?... 





LA ROUSSOTTE. 

n ne veut pas que je vous épouse... 

MÉDARD. 

Déjà! 

LA ROUSSOTTE. 

Il dit qu'une demoiselle riche ne doit pas se marier 
avec... 

MÉDARD. 

Ah bien I En voilà un qui ne perd pas de temps pour 
jouer son rôle .de père... 11 n'est pas nommé depuis 
cinq minutes... 

LA ROUSSOTTE. 

Naturellement, moi je vous aï défendu. .. J'ai dît que 
je vous aimais. 

* MÉDARD. 

Femme adorable ! .. Qu'est-ce qu'il a répondu? 

LA ROUSSOTTE. 

Il est devenu tout chose... Regarde-moi, m'a-t-il dit, 
regarde-moi bien en face ; est-ce que ce jeune homme... 
ce jeune homme, c'est vous? 

MÉDARD. 

Oui, oui. 

LA ROUSSOTTE. 

Est-ce que ce jeune homme t'aurait fait oublier... 

• «ÉDARD. 

Ohl . . 

LA ROUSSOTTE. 

Non, papa, me suis-je écriée, non, papa! 



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ACTE DEUXIÈME 9i 

UÉDARD. 

Et alors? 

lA ROUSSOTTE. 

Sa figure est devenue joyeuse, et il m'a dit que rîen 
n'était plus simple, qu'il n'y avait qu'à vous envoyer 
promener... 

MÉDARD. 

Je les reconnais bien là, les classes dirigeantes de la 
société ; la voilà, leur morale... Alors si je vous avais 
fait oublier... il n'y aurait pas moyen de nous séparer, 
idors il faudrait bien consentir -au mariage... mais 
voilà : parce que vous êtes tombée sur un jeune 
homme honnête..^ (Avec éclat.) Mais il est encore 
temps.... 

LÀ. ROUSSOTTE, effrayée et montrant la guérite. 

Remettez ça, je vous en prie, remettez ça tout de 
suite. 

MÉDARD. 

C'est inutile.. . Vous avez mieux que ça pour vous 
défendre. . 

LA ROUSSOTTE. 

Quoi donc? 

MÉDARD» 

Vous avez mon amour... 

LA ROUSSOTTE, transportée. 

Ah ! le moyen, je vous le demande, le moyen en en- 
tendant de pareilles choses... Il peut venir maintenant, 
papa... Je sais ce que j'aurai à lui dire... 

Entre Dubois-Toupet. 



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n LA nOUSSOTTB 



^ . SCÈNE XII 

Les MÊMES, DUBOIS-TOUPET. 

DUBOIS-TOUPET. 

Me voilà, moi... Ah ! c'est lui ? 

LA. ROUSSOTTE. 

Oui, c'est lui... Et'je vous déclare, je tiens à vous 
déclarer que rien au monde ne pourra m'en séparer, 
de lui... 

DUBOIS-TOUPET. 

Ahl 

hk ROUSSOTTE. 

Vous me dites qu'une jeune fille riche ne doit épou- 
ser qu'un homme riche.'.. C'est possible ; mais moi, jo 
ne comprends rien à vos usages..^ Je ne sais qu'une 
chose, moi, c'est que je l'aime et que je l'aimerai tou- 
jours... Vous êtes mon père, je sais bien... mais que 
voulez-vous que je vous dise?... s'il me fallait absolu- 
ment choisir entre vous et lui... Eh bien... vous n'êtes 
mon père que depuis cinq minutes après tout... et lui, 
voilà déjà trois grands jours que je l'adore... 

MÉDARD. 

Femme adorable ! 

LA ROUSSOTTE. 

Vous avez envie de me marier dans votre fiionde, 
c'est très bien... mais est-ce ma faute si je me suis 
mise à aimer dans un monde à moi... On aime ou Ton 
peut et comme on peut... Je ne pouvais pas me mettre 
à aimer un ambassadeur... il n'en vient guère à la 



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ACTE DEUXIÈME. 03 

crémerie... et là-bas à Taubcrge de Péronne, il n'en 
venait pas du tout... Je vous en prie laissez-moi Fé- 
pouser... 11 n'est pas mal... regardez-le... 

DUBOIS-TOUPET, à Médard. 

Ah ça ! mais je ne me trompe pas... c'est vous qui, 
tout à l'heure, quand je suis sorti, m'avez offert un 
prospectus? 

MÉDARD. 

Dont vous n'avez pas voulu... Ça ne m'étonne pas, 
personne n'en prend. 

LA ROUSSOTTK, à Dabois-ToupeU 

Vous ne me répondez pas, papa. 

DUBOIS-TOUPET. 

Que veux-tu que je te réponde? 11 est bien évident 
que plutôt que de te perdre après t'avoir retrouvée ... 
(Regardant Médaid.) Mais d^uu autre côté... c'cstbiea dur 
vraiment, c'est bien dur. 

LA. ROUSSOTTE, 

Papa, je vous en prie... 

COUPLETS ET TRIO. 

I 

Sans MéJard, je ne pourrais vivre, 

Je partirai, si Médard part, 

Je veux raimer, je veux le suivre, 

Je ne peux vivre sans Médard. 

C'est bel' I j'en conviens moi-môme, 

D'aimer un homm' qui n'a pas le sou, 
C'est tôt' ! c'est insensé! c'est absurd'I c'est foui 

Je le reconnais, mais je l'aime, 

Je l'aime. 

Mon p'tit papa n'y a rien à faire à çal 

Je l'aime t 



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94 LA ROUSSOTTE 

lî 

De vos'biens, je n'ai point envie. 

Si Médard n'en prend point sa part; 

Je sais que je vous dois la vie. 

Mais je dois Thonneur à Médard. 

C'est lui que je veux! lui quand même, 

N'importe comment et n'importe où I 
C'est bêt'l c'est insensé, c'est absurd', c'est foui 

Je le reconnais, mais je l'aime. 
Je l'aime I 
Mon p'tit papa y a rien à faire à ça. 
Je l'aime 1 

D€BOIS-TOUPET. 

C'est bien décidé alors?... Des grands seigneurs, tu 
n'en veux pas !... C'est l'afficheur que tu veux ! 

Là ROUSSOTTE. 

Oh I oui, papa! oh ! oui ! 

, MÉDARD. 

Si ça pouvait vous décider, .Monsieur, je pronjettrais 
d'v renoncer aux affiches ! 

LA ROUSSOTTE. 

Voyons, papa ! 

• UÉDÂ.RD, suppliant. 

Monsieur! 

DUBOIS-TOUPET. 

Eh bien! qu'est-ce que tu veux que je le dise! Va 
pour l'afficheur, puisque tu y tiens l 



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ACTE DEUXIÈMii 93 

SCÈNE itlll 
Les Mêmes, GIGONNET. 

gigonnet. 
Un instant I . 

LA. ROUSSOTTE, apercevant Gigonnet. 

GigonnetI 

MÉDARD. 

L'infâme Gigonnet! « 

GIGONNET, très calme. ' " 

Ohl oui, Gigonnet. (a itfédard.) Vous rappelez-Tous 
qu'un jour, lorsque vous étiez chef de mon conten- 
tieux... vous m'avez remis vos papiers en me disant : 
Voyez donc si avec ça, il ne me serait pas possible de 
retrouver un père? 

HÉDARD. 

Oui, je me rappelle. 

GIGONNET. 

Eli bien ! c'est fait ; votre père est retrouvé. 

^ LA ROUSSOTTE, joueuse. 

Il a un père... lui aussi... il a un père I... 

DUBOIS-TOUPBT. 

J'aime autant ça. 

GIGONNET, remettant à Mèdard une liasse de papiers. 

Prenez... J'ai reconstitué votre état-civil, (a part.) 
Avec les papiers du Roussot. 

MÉDARD. 

Et mon père? 



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06 LA ROUSSOTTE 

GIGONNET. 

Votre père?... Le voicL 

DUBOIS-TOUPET, 

Mon fils I 

MÉDARD. 

Mon père I 

Médard et la Roussotte font an pas l'un vers Paatre, puis ils 
s'éloignent avec nne sorte d'effroi. 

LA. ROUSSOTTE. 

Mon frère?— 

MÉDARD. 

Ma sœuri 

GIGONKET, à part. 

Marîez-Yous maintenant^ mes enfants! mariez- vous 



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ACTE TROISIEME 



Petit salon de deux plans, très riche. — Porte au fond, milieu. — 
Portes latérales, dans les deux pans coupés à droite et à gauche. 
— Cheminée au premier plan droite. — Console avec glace, > 
premier plan gauche, — deux fauteuils, — deux chaises f«)rles 
et trois chaises légères. — Un petit guéridon à droite. 



SCÈNE PREMIÈRE 

* 

DUBOIS-TOUPET, UN DOMESTIQUE. 

DUBOIS-TOUPET, finissant de prendre son café. 

Comme c'est amusant de déjemier tout seul quand 
on a près de soi deux enfants... Depuis un mois ils ha- 
bitent ici dans mon hôtel. Le premier jour nous avons 
déjeuné tous les trois en famille... Ils ont failli se jeter 
les assiettes à la tête... Au repas suivant ils se les ont 
jetées réellement. Alors nous avons décidé que doré- 
navant cha<run déjeunerait et dînerait dans sa 
(Cambre. Ça n'est pas gai, mais c'est plus sûr. (n a 

sonné. Entre un domestique, il montre le cafê et le guéridon.) 

Emportez ça... 

6 



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98 LA ROUSSOTTE 

LE DOMESTIQUE. 

Oui, monsieur le comte. 

Il sort. 
DUBOIS-TOUPET. 

Ces pauvres enfants, ce n'est pas leur faute... Ils 
avaient pris l'habitude de s'aimer comme deux amou- 
reux et tout d'un coup l'on vient leur dire : C'est pas 
tout ça, il faut maintenant vous aimer comme frère et 
sœur... Ça les agace, je le comprends, mais je ne les en 
trouve pas moins insuppor4ables, je n'ai plus qu'une 
idée qui est de me débarrasser d'eux le plus vite possi- 
-ble... J'ai trouvé un moyen... (n sonne.) et je vais leur 
en parler pas plus tard que tout de suite. (Entre le do- 
mestique.) Mademoiselle n'est pas encore revenue du 
Bois? 

LE DOMESTIQUE. 

Non, Monsieur. 

DUBOIS-TOUPET. 

Et M. le vicomte? 

LE DOMESTIQUE. 

Non plus. M. le vicomte et mademoiselle sont partis 
il y a une heure. 

DUBOIS-TOUPET, 

Ils sont partis ensemble ? 

LE DOMESTIQUE. 

Oh ! non, Monsieur... M. le vicomte et Mademoiselle 
se sont rencontrés en bas dans la cour de l'hôtel et 
ils se sont regardés comme ça..*. Psch !... après quoi ils 
sont montés à cheval et ils sont sortis séparément; Ma- 
demoiselle est sortie la première... M. le vicomte 
éprouve toujours une certaine difficulté à se mettre en 
selle. . 



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ACTE TROISIÈME 99 

DUBOIS-TOUPET. 

El une fois qu'il y est?... 

LE DOMESTIQUE. 

Il éprouve une certaine difficulté à y rester. 

Il sort. 
DUBOIS-TOUPET, riant. 

Je ne devrais pas rire puisque c'est mon fils... maïs 
je ne peux pas m'empêcher... il a une si drôle de façon 
de se tenir à cheval, M. Médard. (imitant Médard.).Et al- 
lez donc... et allez donc... il a l'air d'une bouteille qu'on 
rince... étaliez donc! 

Entre la Roussotte, costume d*amazone. 

SCÈNE II 

DUDOIS-TOUPET, LA ROUSSOTTE, 
puis MÉDARD. 

LA. ROUSSOTTE. 

Bonjour, papa, mon frère n'est pas là? 

DUBOIS-TOUPET. 

Non. 

LA ROUSSOTTE. 

Je peux entrer, alors ?i 

Elle descend en scène. 
DUBOIS-TOUPET, se lève. 

A la bonne heure, elle... elle a tout de suite pris la 
tournure... tandis que lui... Ça t'amuse de montera 
cheval? 

LA ROUSSOTTE. 

Oh! si ça m'amuse!... 



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100 LA ROUSSOTTB 

COUPLETS, 



MaiDt*nant, j*ai pris le bel usage, 

A ch'val mainrnant je sais m'asseoir, 

Tandis qu'autrefois au village, 

Quaad j' m'nais les ch'vaux à Tabreuvoir, 

J' montais lestement sur ma bête 

D'un' toute autr' façon, ^ 

A la bonn' franquette, 

A califourchon!... 

II 

A ch'val malnt'nant, c^est autre chose, 
Quand j' galope au bois, en public, 
Je m' guind', je m' gêne et je pose, 
y suis à la mode et j' fais du chic. 
Cependant quelquefois j' regrette 

Mon ancienn' façon, 

A la bonn' franquette, 

A califourchon!... 

DUBOIS-TOUPET, 

Elle n'a pas encore tout à fait pris le ton... mais ça 
viendra... Tu as aperçu ton frère au bois? 

LA ROUSSOTTE. 

Oui, 

DUBOIS-TOUPET. 

Il n*est pas tombé?... 

LA ROUSSOTTE. 

Oh! non... Il avait pris un bon moyen pour ça. Il 
était à pied et il se promenait en tenant son cheval par 
la bride. 



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ACTE TROISIÈME ICI 

DUBOIS-TOUPET, sonnant. 

Ahl diable, s*il revient comme ça, nous serons peut- 
être obligés d'attendre. (Entre le domestique.) Dès que 
M. le vicomte rentrera, vous lui direz de venir ici; que 
je l'attends. 

LE DOMESTIQUE. 

M. le vicomte ne tardera pas 4 rentrer. Un commis- 
sionnaire vient de ramener le chevaj de M. le vicomte 
et il nous a annoncé que M. le vicomte suivait dans un 
petit fiacre. 

DUBOIS-TOUPET. 

Dans un petit ûacre!... 

LE DOMESTIQUE. 

Oui, Monsieur. 

LA. ROUSSOTTE. 

Il aurar voulu remonter sur son cheval... et alors... 

DUBOIS-TOUPET. 

Je m'en accuse, mais je ne me sens rien du tout pour 
ce fils-là, rien du tout, rien du tout, 

■ LE DOMESTIQUE. 

Voici M. le vicomte. 



SCÈNE III 

Les Mêmes, MÉDARD« 

UÉDARD, il ouvre la porte. 

Ah! pardon 1 . ^^ 

n s'en va. 
6. 



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102 LA ROUSSOTTB 

DUBOIS-TOUPET. 

Qu*est-ce que c'est?.., (au domestique.) Courez après 
lui, dites-lui que je veux absolument... (Le domestique sort, 

la Ronssotte s^en va, Dubois-Toupet court après elle.) £h bien I 

eh bienl... où vas-tu?... 

LA. ROUSSOTTE. 

Vous avez à parler à mon frère, je m'en vais. 

'DUBOIS-TOUPET. 

C'est à tous deux que j'ai à parler... et je t'ordoûao 
de rester là... 

Entre Médârd. 
MÉDARD. 

On nje dit que vous tenez à me parler, Monsieur? 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui, Monsieur. 

MÉDARD. 

C'est très bien, Monsieur, je reviendrai quand Made- 
moiselle ne sera plus là. 

LA ROUSSOTTE. 

Je ne demande qu'à m'en aller, moi. 

Ils font chacun un mouvement pour sortir. 
DUBOIS-TOUPET, 

En voilà assez, à la fin. Si vous ne restez pas là, jo 
vous flanque des calottes... je suis votre père. 

LA ROUSSOTTE. 

> C'est bien papa, c'est bien. 

MÉDARD. 

Du moment que vous le prenez sur ce ton-là, Mon- 
sieur... 



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ACTE TROISIÈME 103 

DUBOIS-TOUPET. 

Asseyez- VOUS... asseyez-vous aussi loin Tun de l'autre 
qu'il vous plaira, mais asseyez-vous et écoutez-moi. 

(Médard et la Roussotte s'asseoient en effet loin Pun de Tautre et ils 
se lanoent dés regards filrieux.) La famille, leS joies de Tinté- 

rieur... C'est pour arriver à ça que je suis allé en Chine 
gagner une fortune... Enfin!... (a se» enfants.) Il doit 
vous sembler comme à moi qu'il est tout à fait impos- 
sible que vous continuiez à vivre l'un près de l'autre... 

LA. ROUSSOTTB. 

Tout à fait impossible, papa. 

MÉOÂRD. 

Absolument impossible, Monsieur. 

DUBOIS-TOUPET. 

Pour vous séparer définitivement, j'ai résolu de vous 
marier. 

XA ROUSSOTTE. 

Comment! de nous marier? 

DUBOIS-TOUPET. 

De vous marier chacun de votre côté, bien entendu... 
Je suis allé trouver une vieille amie à mft, la marquise 
de la Haute- Venue, je lui ai dit : Marquise, vous n'au- 
riez pas dans vos connaissances, un bon jeune homme 
qui pourrait épouser une jeune fille à laquelle je m'in- 
téresse... et une jolie personne qui pourrait épouser un 
bon jeune homme?... Certainement, m'a répondu la 
marquise, j'ai une jeune fille pour votre jeune homme, 
et j'ai un homme pour votre jeune fille... La voilà, mon 
idée, qu'est-ce que vous en dites?... 

LA nOUSSOTTE. 

Je dis qu'elle est excellente... Quand me mariez- vous? 
Je veux me marier tout de suite, quant à moi. 



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i04 LA ROUSSOHB 

MÉDARD. 

Moi aussi, moi aussi... 

DUBOIS-TOUPBT, à la Ronssolto. 

Ton jeune homme viendra ioi tout à Tiieure sous 
prétexte de voir le dernier chef-d'œuvre que j'ai acheté 
hier à l'hôtel des ventes... Pendant qu'il examinera le 
tableau, tu Texamineras, lui, et s'il te convient... 

LA ROUSSOTTB. 

U me conviendra, papa. 

DUBOIS-TOUPET. 

Quant à vous, Monsieur, il viendra tout à l'heure une 
jeune personne avec sa mère. Elle viendra sous le pré- 
texte d'offrir des billets pour le prochain bal de biea- 
faisanoe donné au profit des bienfaiteurs sans fortune. 

MÉDARD. 

Il n'y a pas besoin de façons, je l'accepte la jeune 
personne, je l'accepte quelle qu'dle soit. - 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui... mai^ il faut savoir si elle vous acceptera, vous. 
Enfin, comme vous avez chacun un million... Ces per- 
sonnes que j'attends vont arriver tout à l'heure, je vais 
faire un peu de toilette... Toi aussi, ma fille, tu devrais... 

LA ROUSSOTTB. 

Oui, papa, j'y vais... 

DUBOIS-TOUPET, Tembrassant. 

Ma fille... je t'aime bien, toi... mais ton frère, je 
n'éprouve rien du tout pour ce garçonlà, rien du tout, 
rien du tout. 

u sort. 



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ACTE TROISIÈME 105 



SCÈNE IV 

MÉDARD, LA ROUSSOTTE- 

Us sont aux deux extrémités de la scène. Sur le point de sortir, 
ils s'arrêtent et se retournent* 

MÉDARD. 

Mademoiselle... 

LA HOUSSOTTB. 

Monsieur. •• 

MÉDÂHO. 

Une bien bonne idée que ce digne monsieur a eue là 
de noua faire faire à chacun un mariage. 

LA ROUSSOTTE. 

Oh! oui... comme ça au moins nous ne nous verrons 
plus, nous ne nous rencontrerons plus... 

MÉDARD. 

Ça vous était désagréable?.., 

LA ROUSSOTTE. 

Ohl 

MÉDARD. 

El à moi donc... Jamais je ne pourrai être un frère 
pour vous, (se rapprochant d'elle.) Jamais, jamais... j'ai 
essayé, je ne peux pas. 

LA ROUSSOTTE. 

Moi aussi j*ai essayé d'être une sœur, 

MÉDARD. 

Et... 



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«0« LA ROUSSOTTB 

LA ROUSSOTTÊ. 

Je ne peux pas, je ne peux pas... 

MÉDARD. 

Alors, n'est-ce pas, il vaut mieux... 

LA ROUSSOTTE. 

Oui et tout de suite» 

MÉDARD. 

Qu*est-ce que vous ferez, une fois mariée?... 

LA ROUSSOTTE. 

Je partirai, je demanderai à mon mari de m'emme- 
ner loin de Tendroit où vous serez, loin, loin. 

MÉDARD. 

Moi, je ne demanderai pas à ma femme... je suis 
rhomme, moi, par conséquent je suis le maître... je ne 
demanderai pas à ma femme... je lui ordonnerai de me 
suivre et je m'en irai avec elle. 

LA ROUSSOTTE. 

Loin, n'est-ce pas, bien loin? 

MÉDARD. 

Loin, loin, loin*., ce n'est pas que je vous haïsse, au 
moins. 

LA ROUSSOTTE. 

Ni moi... 

MÉDARD. 

Au contraire... je vous souhaite, en vous quittant, 
je vous souhaite tout le bonheur possible avec votre... 
avec votre mari. 

LA ROUSSOTTE. 

C'est comme moi... je vous souhaite d'être aussi heu- 
reux qu'on peut l'être avec... avec votre femme. 



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ACTE TROISIÈME i07 

HÉDÀRD. 

Je vous remercie... Seulement, si vous êtes heureuse 
comme je Fespère, j'aurai quelque chose à vous de- 
mander. 

LA ROUSSOTTB. 

Quoi donc?... 

HéOARD. 

Ce sera de ne pas m'en faire part... 

LA ROUSSOTTE. 

Comme c'est drôle... j'allais justement f^FOus dire la 
même chose... nous ne nous écrirons pas... nous ne 
nous donnerons pas de nos nouvelles. 

HÉDARD. 

Jamais, jamais .. Une fois séparés nous n'existerons 
plus Tan pour l'autre. C'est bien convenu?... 

LA ROUSSOTTE. 

Oui, c'est bien conventi. 

MÉDARD, très ému* 

La Roussotte... 

LA ROUSSOTTE, très émue. 

Monsieur Médard. . . 

HÉDARD. 

Adieu, la Roussotte. 

LA ROUSSOTTE. 

Adieu, monsieur Médard, je vais m'habiller... celui 
qui doit m'épouser va venir... 

MÉDARD. 

Oui, c'est cela... Allez vous habiller, mariez-vous. Et 
puis, adieu, 

LA ROUSSOTTE. 

Adieu I.., 



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108 LA ROUSSOTTE 

SCÈNE V 

MÉDARD, seul. 

Jamais pareille chose n*esl arrivée, je crois... jamais... 
jamais!... Si pourtant, il parait que c'est arriva à un 
nommé Rénél un autre, nommé Chateaubriand, a fait 
un livre là-dessus. Le nommé René s'est tiré d'affaires 
en se sauvant en Amérique. Je pourrais faire comme 
lui... aller là-bas... chez les sauvages ! 

Entre Dubob-Toupot. 

i i 

SCÈNE VI I 

MÉDARD, DUBOIS-TOUPET. *- " jîl 

DUBOIS-TOnPET, (fti fund. 

Vous êtes seul, Monsieur?... 

MÉDARD. 

Oui, Monsieur... 

DUBOIS-TOUPET. 

Peut-être avez-vous remarqué que je disais Monsieur ; 
je sais bien que je devrais dire mon fils. 

UÉDARD. 

Tout comme moi, je devrais dire mon père. 

DUBOIS-TOUPET. 

Vous me pardonnerez d'éprouver quelque difficulté 
à prononcer... ce n^est pas étonnant. 

MÉDARD. : 

Quand on n'a pas Thabitude... j 



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AGTB TROISIÈME « 109 

DUBOIS-TOUPBT. 

Je sais bien qu'il y a la voix du sang. 

MÉDÀRD. 

Ah ! oui, il y a la voix... 

DUBOIS-TOUPET. 

Elle parlera certaiaement un jour ou l'autre... la 
voix du sang... 

MÉDARD. 

Je l'espère, je veux l'espérer. 

DUBOIS-TOUPET. 

Mol aussi... mais en attendant qu'elle ait parlé, ne 
trouvez-vous pas qu'il est inutile de feindre des senti- 
^ ments?... 

Tout à fait inutile. . 

DUB^-TOtiPET. 

Aussi» voilà pourquoi j'ai toi^ours évité de vous 
serrer dans mes bras, il m'a semblé qémfy ftignée 
de main... 

HÉDARD. 

Une bonne poignée de main, ça suffit... ça suffit 
parfaitement. 

DUBOIS-TOUPET, lui donnant une poignée de main. 

Monsieur... 

HÉDARD. 

Monsieur... 

DUBOIS-TOUPET. 

Vous êtes allé hier au cercle, comme je voos l'avais 
dit?... 

. 7 



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liÛ U ROUiiOTTB 

Oui, Monsieur.,, 

DUBOIt«TOUPIT. 

Vous avez joué? 

Oui, MoniieuF, il y i^mème eu, k cause de mm, une 
espèce de querelle. 

DUBOia-TOUriT. 

Gomment cela? 

MéDÀRO. 

Je m'étais assis h la table de baccarat. Le monsieur 
qui était en face de moi me demande ai je yeux une 
carte... il me le demande poliment, alors, moi, pour 
ne pas être en reste de politesse, je réponds... a Oui, 
Monsieur, avec plaisir ; » il me donoé^ua lieux : ça 
me faisait dix. ^ 

DUBOtS^TOUPBT. 

Vous avez tiré à huit f . . . 

HÉDAHD. 

Là-dessus tous ces messieurs qui étaient autour de 
moi se sont mis à me dire des choses désagréables. 

DUBOIS^TOUrBT, à part. 

Qu'est-ce que c'est que cegarçon*là?... Il se promène 
au bois en tenant son cheval en laisse et il tire à huit 
au baccarat... Et c'est mon fils. 

HÉDARD. 

Ce n'est pas si mauvais après tout, de tirer k huit... 
ça ne m'a pas empêché de gagner, (ii prend des jetons dé 
sapo6he.) C'est de l'argent tous ces jetons-là... Cinq 
cents francs... Deux cents francs. 



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AGTB TROISIÈME 144 

LE TÂLKT Dl PIBD» entrant. 

Monsieur le baron de HontQamberft. 

DUBOIS-TOUPET. 

G*6st le jeune homme. (An domestique.) Faites entrer. 

Le domeitiqiie aort. 

hAoard. 

Dds-je sortir, Monsieur, ou dois-je rester pour assis- 
ter à l'entrevue?.;. 

OUBOIS-XOUFET. 

(kunm« il vous plaira. 

UÉDARD. 

Je reste alors. 

Entre Montflambert. 



VII 



Les Mêmes, HONTFLÂlBKftTr ■>. 

HONTFLiMBERTy 4 Dubois-Toupet. 

Monsieur!... 

BqBOIS-'TOUPEÏ. 

Monsieur..; (Au domestique.) Faites dire à Mademoiselle 
que dès qu'elle pourra desoendre... (Le domestique sort.) 
Mon fils, Monsieur, le vicomte Dubois-Toupet, mon 
fils. 

HONTFLAKBBBTi saluant. 

Monsieur... 

Monsieur Montflambert I 



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il2 LA ROUSSOTTB 

MONTFLÀMBBRT* 

J'ai appris. Monsieur, que vous aviez acheté un Yè- 
lasquez superbe. 

DUBOIS-TOUPBT. 

Vous êtes venu pour le voir?... 

HONTFLAHBERT. 

Oui , Monsieur. 

DUBOIS-TOUPBT. 

Je suis vraiment désolé, je viens justement de ren- 
voyer chez l'expert pour faire restaurer la signature. 
Mais ça ne fait rien... ne vous en allez pas... Restez 
tout de même. 

HONTFLAHBERT. 

Je resterai, Monsieur, je resterai tant que vouft-mour 
drez... '"" 

DUBOIS-TOUI^. 

Je vous remercie , Moi\^eur. (Entre la Roussotte.) Voici 
ma fille. _ ^ - 

r- 

SCÈNE VII 
Les Méhes, LA ROUSSOTTE. 

HONTFLAHBERT. 

Mademoiselle!... 

LA ROUSSOTTE* 

Bonjour, Monsieur, bonjour* 

DUBOIS-TOUPET. 

Ma fille, voici M. le baron de Montflambert qui a 
entendu parler de monVélasquez. 



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ACTE TROISIÈMB 443 

LA ROUSSOTTE. 

Il n*7 a pas beaoîn de tant de simagrées... C'est 
Monsieur, n'est-ce pas? qui vient pour m'épouser... 

HONTFLAMBBRT. 

Mademoiselle... 

LA ROUSSOTTE. 

Eh bieni qu'il m'épouse et n'en parlons plus. 

HONTFLAMBERT. 

Mademoiselle... je ne m'attendais pas... mais ça ne 
fait rien, j'accepte avec ravissement. 

DUBOIS-TOUPET, 

Ça VOUS va? 

UONTFLAMBERT. 
Ohr^WH. -^ 

SÇUBOIS-TOUPET. 

Ça te va? " " ^ 

LA. ROUSSOTTE. ^ 

Puisque je VOUS le dis... 

DUBOIS-TOUPET. _ ^ 

C'est une affaire entendue, alors : Baron, vous êtes 
mon gendre... 

MÉDARD. 

Un instant donc, un instant!... 

DUBOIS-TOUPET. 

Comment!... 

MéOARD. 

On n'a pas idée de bâcler un mariage comme ça... 
dans notre monde !.•• 



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144 LA R0U6S0TTK 

DtBOtâ-tODMT. 

Qu'est-ce qui lui prend ?. . . 

MÉDARD. 

Vous dites que vous la mariez avec Monsieur... C'est 
bientôt dit ça... Qu'est-ce que c'est que Monsieur, d'où 
vient-il? Qui est-ce qui le connaît? Je ne le connais 
pas, moi. 

M09TFLÂMBERT. 

Monsieur! 

MÉDÀBD. 

Eh bien ! Monsieur? 

MONTFLÂHBBRT. 

Rien, monsieur... je ne veux pas, en présence de 
Mademoiselle... .-. 

DUBOIS-TOUPRT.^^ 

C'est une vieille amie à tw^m marquise de Haute- 
Venue, qui m'a parlé deji&nsieur... et la marquise est 
incapable...^ ■-> ,- 

MÉDÂBD. 

Un drôle de métier qu'elle fait là, votre marquise de 
Haute-Venue... C'est une marieuse alors... c'est une 
marieuse... qu'est-ce qu'on lui donne pour ça?... 

DUBOIS-TOUPET, à part. 

Il m'ennuie, mon fils« 

LA ROUS8OTTE5 à MoQtflambert. 

Ne faites pas attention... nous nous marierons tout 
de même. 

MONTFLAMBERT. 

Je ne fais pas attention, mais cependant... 



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AGTB THOISltMB li5 

MiDÀlD. 

Cependant quoi, Monsieur, oepdndâlit quoi? 

HONTFLA.MBRRT. 

Rien, Monsieur... la présence de Mademoiselle. .^ 

HÉDARD« 

Elle fait bien mal son métier, en tous cas, votre ma- 
rieuse... Je vous demande un peu s'il est permis d'en- 
voyer des modèles dans ce goût-là... regardez-moi... 

(pressant Montflambert et le bousculant.) Ça n'a paS de Santé, 

ça ne tient pas. 

HONTFLAMBBRT, manquant de tomber. 

Ah! mais... 

• DUBOIS-TOUPET, à Montflambert. 

f<6 Mtes. p*g attention... la marquise a dû vous 
dire... 

MONTFLÎ^MIJ^T, M frottant. 
G'eit donc ça... (La RouisoUe !• ArotU ausii.) Je V0U3 

remercie. Mademoiselle. " ,^' ^ 

DUBOIS-TOUPET, à Médard. -v 

Vous savez que vous m'ennuyez, vous. 

MÉDARD. 

Monsieur, je vous respecte... je ne me sens absolu- 
ment rien pour vous, mais je vous respecte... Mais 
voyons, là, yous ne pouvez pas la donner... elle... une 
femme admirable, à un pareil... (▲ Momflambert.) Al- 
lons, c'est bien, vous êtes venu ici pour qu'on vous 
examine. On vous a examiné, allez-vous en, vous ne 
faites pas raffaire.., 

MONTFLAMBERT. 

Qu'est-ce qu'il a dit?..* 



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^ 



li6 LA ROUSSOTTE 

LA ROUSSOTTE. 

n a dit de vous en aller. 

HÉDABD. 

Et ne vous le faites pas dire deux fois ou bien... 

HONTFLAHBBRT, digne. 

Je m'en vais, Monsieur... 

HÉDABD. 

A la bonne heure ! 

HONTFLAMBEBT. 

Je m'en vais, mais je n'ai pas besoin de vous dire 
que nous nous reverrons. 

HÉDABD. 

Je n'y tiens pas, mais ça m'est égal. 

HONTFLAHBBBT. ^ 

Monsieur, Mademoiselle... 

HÉDABD, poassapVtMMftambert dehors. 

En voilà assez... allez au diable... et plus vite que 

ça... (Redâ4MMvit -l^rès qae Montflambert est sorti.) Ah! 

mais^^ 

DUBOIS-TOUPBTy accompagnant Montflambert. 

Mes excuses à la marquise... 



SCÈNE IX 

DUBOIS-TOUPET, MÉDARD, 
LA ROUSSOTTE. 

LA BOUSSOTTB. 

Et VOUS disiez tout à l'heure que vous ne deman- 
diez qu'à me voir mariée... 



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ACTE TROISIÈME Ml 

UÉDARD. 

Je le dis toujours... je ne demande qù*à tous voir 
mariée, mais pas avec celui-là... 

BUBOIS-TOUPETy rentrant furieux et relevant ses manches. 

Attends, toi, attends. 

LA ROUSSOTTE, se jetant au-devant de Dabois-^oupet. 

Papa, je t'en prie... Il a raison, après tout... il ne 
me convenait pas du tout, ce mari-là... 

MÉDARD. 

Vous entendez... 

LA ROUSSOTTB. 

Et puis, là, voyons... qu'est-ce que nous désirons 
tous les deux?... Être séparés Tun de l'autre?... Eh 
"filebl4)pup' être séparés, il n'est pas nécessaire que 
nous nous mariions tous deux, il suffît qu'il se marie, 
lui... 

DUBOIS-TOUPET, abaissant ses manches. 

Tiens, c'est juste. . . • x 

LA RJOUSSOTTE. ^ 

Qu'il se marie, qu'il s'en aille, loin, loin, loin... et„ 
rien ne me forcera, moi... je pourrai très bien, moi, 
continuer à vivre près de vous. 

BUBOIS-TOUPBT. 

C'est très juste et j'aime mieux ça, 

MÂDARD. 

Moi aussi... 

Entre U ralet de pied. 

LE VALET. 

Madame et mademoiselle de Saint-Excédant... 

7. 



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H8 LA ROOSSOTTB 

LA ROUSSOTTB. 

Faites entrer. 

Le domattiqne fort. 
DUBOIS-TOUPET. 

Tu ne vas pas faire comme ton frère, au moins, tu 
ne yas pas, quand la demoiselle entrera... 

LÀ ROUSSOTTEy très distinguée. 

Par exemple... je suis femme, et les femmes savent 
tout de suite prendre le ton et les allures... Ceji'est pas 
comme lui... jamais il ne saura, lui, mais moi, tu vas 
voir, papa, comme je saurai bien être femme du 
monde... 

DUBOIS-TOUPET. 

Tu me le promets?... 

LA ROUSSOTTB. 

Tu vas voir, papa, tu vas voir. 

Entrent madame et madeii^tfUrffe de Saint-Excédant. 



SCÈNR X 

Les Mêmes, MADAME DE SÂINT-EXCÉOANT, 
CÉCILE. 

LA ROUSSOTTE, s'élancent aa devant de madame de Saint- 
Excédant, très prétentiease. 

Cette bonne madame de Saint-Excédant, que vous 
êtes bonne d'être venue et de nous avoir amené votre 
adorable demoiselle, car je présume... 

MADAME DE SAIN T-EXCÉDAITT. 

En effet, c'est ma Cécile... 



-/ 



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ACTE TROtSlÈMB 119 

LA R0U8S0TTB. 

Elle est ravissante! Asseyez-vou» donc, Madame, je 
vous en prie.** ^ 

MÉDARD, à Céoito* 

Vous aussi, Mademoiselle... asseyez-vous 1 

LA ROUSSOTTI* 

Assieds-toi, papa... 

Blld deicend a&d chaise pour elle. Médard s'assied à ({tielque 
distance des antres personnages. La Roossotte assise près 
de son père. 

LA ROUSSOTTE, bas. 

C'est bien, n'est-ce pas ?... 

DUBOIS-TOUPET, bas. 

fRs bien, très bien... 

MADAM^E DB SAlNf-EtCf DANT. 

C'est votre fille? ' ^ 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui, Madame... ^ * 

MADAMK DB BAlKT-EXCÉi)Al!T. "* . 

Elle est d'une distinotion... 

LA ROUSSOTTE 

'Cette excellente madame de Saint-Excédant... Vous 
ne craignez pas les courants d'air ?... 

MADAME DE SAINT-BXCÉDANT, effrayée. 

SI fait... 

LA ROUSSOTTE. 

Il n'y en a pas, n'ayez pas peur... C'était seulement 
pour vous montrer combien je m'intéresse à votre 
chère santé. 



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^20 LA ROUSSOTTE 

MADAME DB SAINT-EXCÉDANT. 

Oh! Mademoiselle... 

LA ROUSSOTTE, bas, à Dobois-Toopet. 

Je suis bien femme du monde. 

MADAME DE SAINT-EXCÉDANT. , 

Je viens, Monsieur, vous prier de me prendre quel- 
ques billets..: il doit y avoir prochainement un festi- 
val au Trocadéro... (a Médard.) Vous riez, Monsieur. 

MÉDARD. 

Oui, je ris de vous voir comme ça tourner autour du 
pot. 

LA ROUSSOTTE. 

Ohl 

MÉDARD. 

Il n'y a pas besoin de faire tant <fe façons... Votre 
petite vient pour m'épous^^-rt l)ienl c'est dit... Je 
réponse... 

, CÉCILE. 

Obi iMunanT... 

MADAME DE SAINT-EXCÉDANT. 

Je VOUS assure , Monsieur, que ni Cécile ni moi ne 
nous attendions... mais cane fait rien, nous acceptons. 

DUBOIS-TOUPET. 

A quand le mariage, alors ? 

MÉDARD. 

Tout de suite, tout de suite... Venez, Mademoiselle, 
madetnoiselle... 

MADAME DE SAINT-EXCÉDANT. 

Ah ! non. 11 faut au moins le temps de publier les 
bans. 



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ACTE TROISIÈME V2\ 

DUBOIS-TOUPET. 

Nous commencerons demain, ôt dans trois semai- 
nes... 

MADAME DE SAINT-EXCÉDANT. 

Ça te va-t-il, Cécile? 

CÉCILE. 

O.ui, maman. 

MADAME DE SAINT-EXCÉDANT. 

C'est convenu alors... 

MÉDARD« 

Oui, c'est convenu. 

MADAME DE SAINT-EXCÉDANT, poussant Cécile vers Dabois- 
Toupet. 

Embrassôlon'lieau-père, alors.. , • 

la'iïI^ussotte* 
Doucement, donc, doucemftit... 

dubois-toupet. " "* -^ - 
Qu'est-ce qu'il y a ?.. . ""^^ 

LA EOUSSOTTE. 

Cette chère madame de Saint-Excédant... il ne fau- 
drait pas la tromper... il ne faudrait pas non plus 
tromper cette demoiselle qui me parait être un ange... 

CÉCILE. 

Oui, Mademoiselle... 

LA ROUSSOTTE. 

Ces dames savent-elles qu'il y a dans le passé de 
Monsieur... Oh ! rien de grave, assurément, mais enfin 
savent-elles qu'il y a huit jours la profession de Mon- 
sieur consistait à se promener dans Paris avec une 



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122 LÀ ROUSiOTTE 

pancarte sur laquelle était écrit : Elle n'était qu'éva- 
nouie.», et luiy qu'eêt-ce qu'il était?,*. 

DUBOIS-TOUPET/ voulant la faire taire. 

Hum 1 hum 1 

LA ROUSSOTTE. 

Sayent-elles qu'avant d'être le jeune et brillant gen- 
tilhomme qu'elles admirent en ce moment, Monsieur 
a été obligé de faire un tas de métiers... 

DUBOIS-TOUPET. 

Hum ! hum I 

LA. ROUSSOTTE. 

Savent-elles que Monsieur a écrit des chansonnettes 
pour.des cafés-concerts de quatrième ordre, ie| qu'il 
est l'auteur de : 

Je suis la sœur de TembjiMir, etc. 

DUBOIS-TOUPET. 

Ma,fiUtf.C ' -^ 

MADAME DE SAINT-EICÉDAHT. 

La marquise, en me parlant de ce mariage, m'a 
bien touché deux mots... U me semble que ce sont là 
des bagatelles sur lesquelles il est inutile d'insister... 

MllDARD, 

Tout à fait inutile... 

DUBOIS-TOUPËT. 

C'est mon avis, le mariage est convenu, le mariage 
se fera# 

LA ROUSSOTTE. 

Ahl mais soUi alors, ahl mais nonl 



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ACTE TROISIÈME i23 

DlîBOÎS-TOUPEt. 

Ma mie!... 

LÀ ROUSSOTTfc. 

Je n'en veux pas, moi, d6 ce maHage... Du moment 
que cette excellente madame de Saint^Excédant trouve 
que ce sont là des bagatelles, j'ai tout lieu de croire 
que c'est à Votre fortune que Ton en veut et que cette 
excellente madame n'est qu'une aventurière. 

MADAME DE SÀIUtT-EXC^OANT. 

Ohl... 

LA ROUSSOTTE. 

Et quant à mademoiselle, qui fait tant la sucrée, 
elle m'a bien l'air... 

^ CÉCILE. 

Oh! maman... 

DUBOisrïott;SET. 

Ma fille, toi qui avais grontis d'être femme du 
monde... *" ' ^' *•. 

LA ROUSSOTTE. 

Femme du monde tant qu'on voudra... mais j'ai été 
fille d'auberge aussi, et ces dames s'en apercevront si 
elles ne se dépêchent pas de déguerpir... 

DUBOIS-TOUPET. 

Allons, bon... 

MÉDAftD. 

Allons, bien... 

LA ROUSSOTTE. 

Allons, ouste... là-bas, àPéronne,quand les buveurs 
refusaient de s'en aller, c'est moi qui étais chargée de 
les mettre à la porte... 



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124 LA ROUSSOTTE 

HA.DÂUE DE SA.lIfT-EXCéDÂNT. 

Elle nous appelle ivrognes!... 

DUBOIS-TOUPET. 

Elle est un peu nerveuse... 

UÂDAHE DE SAINT-EXCÉDANT. 

Viens, ma fille, allons-nous en. 

CÉCILE. 

Tout de suite, maman, tout de suite. 

LA ROUSSOTTE. 

Et ne revenez pas surtout. . . Votre demoiselle ne nous» 
va pas, voilà notre dernier mot, elle ne nous va pas, 
votre demoiselle... 

MADAME DE SAINT-EXCÉDANT. /'^ * 

Viens, ma fille I ' ' * 

DUBOIS-TOyPEf, les accompagnant. 

Mes excuses à la marquise !... 

^ ' ~ So^nt Cécile et madame de Saint-Excédant. 



SCÈNE XI 
DUBOIS-TOUPET, MÉDARD, LA ROUSSOTTE. 

LA ROUSSOTTE. 

Certainement je veux qu'il se marie... mais je ne 
veux pas qu'il épouse cette petite-là, je ne le veux 
pas. 

DUBOIS-TOUPET, B*arrachant les cheveux. 

Quelle famille, mon Dieu !... Quelle famille!... 



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ACTE TROISIÈME «2.^ 

MÉDARD. 

Monsieur... 

LA. ROUSSOTTE. 

Papa... 

DUBOIS-TOUPET. 

Quelle famille I... quelle famille!... 

LA. ROUSSOTTE. 

Voyons, papa, je conviens que cette foîs-ci, ça n'a 
pas très bien marché. 

^ MÉDARD. 

Ça ira mieux ja prochaine fois... 

DUBOIS-TOUPET. 

. JLafMphaine fois I . . . 

hX POUSSOTTE. 

Ça n'ira peut-être pas eneme tout à fait bien, la pro- 
chaine fois, mais enfin ça ira mieux qu'aujourd'hui. 

MÉDARD. "^ 

La fois suivante, il y aura encore une petite amélio-^ 
ration. 

LA ROUSSOTTE. 

Et ainsi de suite... il faut espérer qu'à la longue... 

DUBOIS-TOUPET. 

Alors, vous vous imaginez que je vais faire défiler 
tout ce qu'il y a d'hommes et de fiJles à marier. 

MÉDARD. 

Je ne sais pas, moi... mais à votre place, moi. Mon- 
sieur, je ne me découragerais pas. 



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126 LA ROUS&OTTE 

LA. .ftOC8SOTTE. 

Essaie encore, papa... et tu verras que ça finira par 

Entre le domestiqae* 
LE DOMESTIQUE. 

Il y a là un monsieur qui désire parler... 

Il doatie une carte. 
LÀ 1I0US80TTB. 

Encore un prétendu... 

DUBOIS-TOUPET. 

Non... je ne savais pas ce qui devait arriver, moi... 
Je n'en avais commandé qu'un pour aujourd'hui. (Li- 
sant la carte.) M. Édouard. 

MÉDARD. 

C'est un monsieur de mon cercle*., 

DUB0l8-Ty>##«T. 

Faites entrer. 

Le domavtiqttê tort, Baboit^Totipet regarde Ifédard et la 
^oi^fme qvA se sont remis à se faire des mines furieuses 
comme au commencement de Pacte. — Entre Édouard. 

SCÈNE XII 

Les Mêmes, ÉDOUARD. 

Edouard salue Dubois-Toupet et Médard. l\ regarde la Roussette 
avec étonnement. . 
LA ROUSSOTTE. 

Oui, c'est moi... 

É0OUÂ1ID. 

Mademoiselle... 



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AGTB TBOISltMB 127 

LA. tOUSSOTTB. 

A la crémerie... la fille... Celle à «[«tous avez donné 
vingt-six francs soiitânte-quinze*.. 

EDOUARD. 

Û me semblait, en effet... mais je ne me serais pas 
permis... 

LA ROUSSOTTE. 

Ils m'ont porté bonheur, voi vingt-six francs... J'ai 
retrouvé un père et je suis riche, maintenant, trôi ri- 
che.,. Voyez comme je suit bien misa* 

EDOUARD» 

Oui, je vois... Et là, vrai, je ne peux pas vous dire 
combien ça méfait plaisir, (a Médard.) J'ai eu l'honneur, 
monsieur, de jouer avec vous hier soir... 

MÉDARD. 

TiiJiiMj^ Monsieur, je me rappelle... 

^ EDOUARD. 

Parmi les jetons qu6'J©iK)U8 ai donnés en paiement, 
il y en a un auquel je tiens iMiieoup et que le cercle 
refuserait de vous reprpndre, attendu que c'est uti je- 
ton qui date d'autrefois. ^ -. 

MÉDARD, loi préientant les jetons. • ' 

Voyez, Monsieur.*. 

ÉDPUARD. 

C'est celui-là. Monsieur. 

DUBOIS-TOUPET. 

Qu'est-ce que c'est que ça? qui est-ce qui vous a 
donné ce jeton-là?.,. 

EDOUARD. 

C'est mon oncle... il me l'a donné quand j'étais tout 
petit... 

DtJROtS-tOUPBT. 

Chez le père Savarin?.., 



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428 LA ROUSSOTTE 

édouàhd. 
Oui. 

DUBOIS-TOUPET, 

Regardez-moi bien... et tâchez de vous rappeler... 

ÉDOUARDy lo reccnnaissant. 

Mon oncle !... 

DUBOIS-TOUPET. 

Mon fils... tu es mon fils... il n'y a pas à en douter. ^ 
C'est bien toi qui es mon fils... (a Médard.) et non pas 
toi... tu entends, tu ne m*es rien, toi, rien du tout... 

MÉDÀBD. 

Vous en êtes bien sûr, pas vrai? 

DUBOIS-TOUPET. 

Oui, j'en suis sûr, je le sens là... . ,. .^ y^ ^ ^^ ~- 

MÉDAIt»* 

Oh ! que je suis conloitft ! ... 

... LA ROUSSOTTB, 

Et moi donc!... 

ns s^embrassent arec effusion. 
DUBOIS-TOUPBT, à Edouard. 

Mais comment as-tu trouté le moyen de perdre en 
jouant contre un gaillard pareil?... un gaillard qui 
tire à huit?... 

EDOUARD. 

Oh ! c'est que j'ai la manie de tirer à cinq. 

DUBOIS-TOUPET. 

Il thre à cinq!... c'est bien mon fils. 

MÉDARD, à la Roassotta. 

Gomme je te détestais tout àTheure... 



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ACTE TROISIÈME 129 

LA aOUSSOTTB. 

Mais comme nous allons nous aimer maintenant... 

MÉDÀRD. ^ 

femme admirable 1 

LÀ ROUSSOTTB. 

mon poète! (Montrant le public.) Dis donc, en ta qua- 



lité de poète.. 



COUPLET FINAL. 



MÉDARD. 

En ma qualité de poète 
Les auteurs m*ont chargé, messiears, 
D*étre auprès d' toqb leur interprète 
Et d* TOUS prier d*êtr' gracieux, 
.-i^voue que cela m^asticote 
Et qiMP}2^^tflNi?* quelqu'embarras I 

LA -K^mSSOTTE. 
mon poèt', c'est la Rlwigytte 
Qui va t* tirer de c* mauvais pasi 
Messieurs, ayez de riuduigence*^ 
Tous ici, TOUS êt*s nos amis, 
£t<*est avec plein* confiance 
Que j' m'adresse à vous et vous dis : 

Pilloultl 
Ne soyez pas sourds à noir' voix^ 
Revenez deux fois, dix lois, cent fois. 

PUlouitl 



FIN 



PARIS. — IMP. P. MOUILLOT, 13, Q0A7 VOLT AI . — 1078. 



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